Si toute l'œuvre d'Albert Memmi vise à approfondir et à théoriser les notions d'« identité », d'« aliénation », de « dépendance », c'est parce qu'il les a d'abord rencontrées en réfléchissant sur lui-même et sur sa situation au monde. Né à Tunis à l'époque coloniale, dans une famille juive de langue maternelle arabe, formé à l'école et dans la culture françaises, Albert Memmi s'est trouvé au point de rencontre de toutes ces déterminations hétérogènes qui façonnent l'identité maghrébine moderne. Il écrit en français, et son premier roman, La Statue de sel (1953), est comme la matrice d'où procède toute l'œuvre ultérieure. Le narrateur, faisant le bilan de sa vie, y raconte la découverte de sa différence et de son exclusion. Rompant peu à peu avec l'Orient natal, mais mal accepté par un Occident lui-même peu respectueux de ses propres valeurs, il conclut à « l'impossibilité d'être quoi que ce soit de précis pour un juif tunisien de culture française ». L'interrogation sur l'identité se prolonge dans un essai théorique, dans la mouvance de la pensée de Sartre qui en écrit la préface : Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur (1957). Memmi applique sa réflexion plus particulièrement à l'exemple juif (Portrait d'un juif, 1962 ; La Libération du juif, 1966) et la systématise dans L'Homme dominé (1968) — où sont traités les cas du colonisé, du juif, du Noir, de la femme, du domestique — et dans La Dépendance (1979) ainsi que dans une synthèse sur Le Racisme (1982). L'essai Juifs et Arabes (1975) ouvre une vive polémique, notamment avec l'écrivain marocain Abdelkébir Khatibi, parce que Memmi, à propos de la question palestinienne, prend nettement position en faveur d'Israël, ce qui le marginalise par rapport aux intellectuels maghrébins. Cependant, il ne faudrait pas oublier le rôle majeur qu'Albert Memmi, comme professeur et comme maître d'œuvre de plusieurs anthologies, a joué dans l'éveil et la légitimation des littératures maghrébines de langue française.
Parallèlement à sa recherche théori […]
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