Blaise Cendrars (pseudonyme de Frédéric Sauser-Hall), né à La Chaux-de-Fonds (Suisse), mort à Paris, est l'écrivain victime de la légende qu'il a lui-même créée et que ses amis, ses critiques ont enrichie : légende de l'homme d'action, de l'aventurier épris de la vie, et de la vie dangereuse, dédaigneux de l'art et des artistes, n'aimant rien tant que bourlinguer et ne détestant rien tant qu'écrire Bourlinguer. Or cet homme qui refusait d'être homme de lettres a beaucoup écrit et continûment ; mais ses déclarations d'hostilité à la littérature et l'apparence autobiographique de son œuvre ont pu faire que l'homme éclipse l'écrivain. Si Cendrars a bourlingué, c'est bien plus dans les livres et les rêves que sur les mers du monde, et, solitaire touché par l'étoile de la Mélancolie, il a trouvé dans l'imaginaire son royaume. C'est dans cette lumière voilée, et sous un éclairage véritablement littéraire, qu'il faudrait dorénavant lire Cendrars.
1. Poète de l'esprit nouveau
Cendrars entre en littérature avec Les Pâques à New York (1912), La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913), Le Panama, ou les Aventures de mes sept oncles (achevé en 1914, publié en 1918), qui font de lui, aux côtés d'Apollinaire, un grand poète de l'esprit nouveau. Il rejette le cadre étroit du poème court et sa structure statique pour dérouler un long courant de poésie ininterrompue, dynamique, qui épouse un mouvement : marche du poète désespéré dans les rues de New York, avancement monotone du train qui emporte le poète, « triste comme un enfant », à travers les grandes plaines sibériennes, voyages aux quatre coins du monde du poète multiplié par ses sept oncles atteints comme lui du mal du pays. Déjà l'aventure est intérieure et plus douloureuse qu'exaltante. La marche vaine du poète-Christ dans Les Pâques est l'image même de sa Passion sans grand espoir de résurrection ; le voyage désenchanté – et imaginaire – du Transsibérien conduit allégoriquement le poète du « lieu de (sa) naissan […]
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