2. Du cubisme à l'art abstrait
L'œuvre de Delaunay est née avant tout d'une expérience individuelle et picturale fondée dans la pratique et de la réflexion sur celle-ci que nous révèlent ses écrits. Sa période divisionniste l'amène à la découverte du « simultanéisme » qui est, vers 1907, la première grande étape de son œuvre. Il s'oriente vers la construction de formes lumineuses (Manège électrique, 1906) et la découverte de sa conception du simultanéisme : la mise en rapports statiques des éléments de la couleur traduisant le dynamisme de la lumière. Après une période précubiste (1907-1908), Delaunay aborde sa période « destructive ». À la suite du très bel Autoportrait (1909) et après les séries des Tours de Notre-Dame, des Saint-Séverin, des Villes, les Tour Eiffel de 1909 et 1910 sont une contribution décisive au cubisme. Il adopte dix points de vue et quinze perspectives dans les Tour que la lumière désarticule, pour dessiner, par plans contradictoires, trois cents mètres de vertige. Comme Saint-Séverin que Delaunay livre à l'investissement des couleurs, la Tour est une manifestation de dynamisme, et non d'architecture statique. La Ville de Paris (musée national d'Art moderne, Paris), autre poème de la vitalité moderne, clôt la période cubiste. À la fin de 1912, Delaunay, qui s'est appelé « l'hérésiarque du cubisme », entre dans sa période « constructive » avec la première Fenêtre et le premier Disque simultané. Ainsi, dès avant 1914, la lumière seule, avec ses jeux purs et ses contrastes simultanés, domine l'art de Delaunay. C'est la conquête d'un art du rythme coloré à travers les Disques circulaires (1912-1913), les Hélices (1923), la Joie de vivre (1930), les Rythmes sans fin (19331934), étapes du développement logique de l'œuvre abstraite du peintre. Entre 1913 et 1930, il reviendra cependant à un réalisme de l'objet qui montre son attachement au réel perçu (toiles d'Espagne et du Portugal pendant la Première Guerre mondiale, portraits du milieu surréaliste vers 1922-1923). Il réalise u […]
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