Le septième centenaire de la naissance de Dante a donné en 1965 la mesure de la diffusion de son œuvre dans le monde. En France seulement, trente-sept traductions totales ou partielles de La Divine Comédie ont été éditées ou rééditées depuis 1921. La question s'est une fois de plus posée de l'actualité véritable de Dante, de ce que son œuvre signifie pour les lecteurs de notre temps, de ce qu'elle leur propose et leur promet. Ce n'est pas affaire de distance chronologique : Dante a été beaucoup plus en faveur au xixe siècle qu'au cours des trois siècles précédents. La première « actualisation » critique de la Comédie s'est faite dans le climat platonicien de la Florence du Quattrocento, la seconde dans le climat romantique de l'Europe libérale.
On hésite à affirmer, avec T. S. Eliot, que La Divine Comédie est le plus promptement offert de tous les grands poèmes, celui où il est le plus aisé d'entrer de prime abord. Mais disons que l'effort initial du lecteur, secondé dans la plupart des éditions par les notes indispensables, n'est pas plus considérable que pour d'autres grandes œuvres. On a tôt fait de découvrir que le grand poème de Dante n'est pas seulement un édifice « médiéval », une cathédrale imposante et dûment « classée » : c'est un poème de l'imminence au regard du destin du monde, des chances de l'homme dans cette vie, et non seulement dans une autre, des anxiétés aussi que fait peser sur la conscience collective l'appréhension d'une « fin des temps ».
1. « La Vie nouvelle »
• Entre guelfes et gibelins
Lorsque Dante y naquit, dans la seconde quinzaine du mois de mai 1265, Florence était en voie de devenir la plus puissante cité de l'Italie centrale et l'une des plus considérables de l'Occident chrétien. Dès 1250, un gouvernement communal, imposé par les forces associées de la bourgeoisie et de l'artisanat, avait mis fin à la suprématie des maisons nobles. Deux ans plus tard étaient frappés les premiers florins d'or, qui allaient devenir bientôt, et pour trois siècles, les « dollars » de l […]
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