Il faut se replacer dans l'atmosphère du temps pour mesurer ce que comportait de nouveau le concordat conclu par Pie VII avec Bonaparte. Par la reconnaissance du gouvernement consulaire, ce traité rompait l'alliance séculaire de l'Église et de la monarchie légitime : Bonaparte, élu par le peuple, se trouvait légitimé, et, par là, étaient consacrés les principes de 1789 sur l'origine de l'autorité, la nation. D'autre part, anticipant sur la distinction entre thèse et hypothèse devenue classique après le Syllabus, ce concordat était le premier concordat libéral, puisque le pape s'était résigné à ce que le catholicisme ne fût plus religion d'État : adaptation à une situation de fait qui n'impliquait pas adhésion à cet autre principe de 1789, l'égalité des cultes.
Pareil renversement de l'orientation prise par le Saint-Siège depuis l'écroulement de l'Ancien régime n'exigeait pas moins que l'ouverture d'esprit du pape romagnol, qu'on a pu, à juste titre, appeler le pape des temps nouveaux, et sa volonté de sacrifier aux intérêts de la religion les intérêts temporels, les positions acquises, les hommes et les biens. Mais, en contrepartie de ces sacrifices, que d'avantages ! Avant tout, en échange de la reconnaissance du gouvernement consulaire, la reconnaissance par celui-ci de l'autorité spirituelle du pontife romain et de son droit à instituer les évêques, voire à les déposer tous, désavouait les erreurs gallicanes et la Constitution civile du clergé. Cet acte marquait la fin du schisme dû à cette dernière, la réconciliation de la France révolutionnaire et de l'Église, la restauration religieuse dans un vieux pays de chrétienté, et accroissait le prestige du successeur de Pierre.
1. La pacification religieuse
« Lorsque je saisis le timon des affaires, affirme Napoléon dans ses Mémoires de Sainte-Hélène, j'avais déjà des idées arrêtées sur les éléments qui cohésionnent la société. J'avais pesé toute l'importance de la religion. J'étais persuadé et j'avais résolu de la rétablir […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



