Clémence Ramnoux a marqué la vie de l'Université française et de la pensée philosophique dans les décennies qui ont suivi la guerre, entre 1950 et 1980, par sa personnalité et la singularité de sa démarche. Entrée à l'École normale supérieure en 1927, elle y est contemporaine de Jean Beaufret, Simone Pétrement, Simone Weil. Agrégée de philosophie en 1931, après des années d'enseignement au lycée, elle est la première femme invitée à Princeton, en 1955, et, à l'issue de son doctorat, rejoint l'université. Elle est nommée, à sa demande, professeur à l'université d'Alger, où elle enseigne de 1958 à 1963. Elle participe ensuite à la création de l'université de Nanterre, en 1965, avec Paul Ricœur et Jean-François Lyotard. Elle y enseigne jusqu'à la fin de sa carrière, en 1975.
Dès la publication de sa double thèse, en 1959, Héraclite, ou l'Homme entre les choses et les mots et La Nuit et les enfants de la Nuit, son œuvre est reconnue en ce qu'elle participe au renouveau, en France, des études « présocratiques », au souci d'interroger les sources de l'ontologie et les mutations décisives d'une culture lorsque celle-ci se défait de ses dieux. Mais elle est auss […]
