3. Le présent de l'écriture
À partir de La Bataille de Pharsale (1969) – livre de transition : on y retrouve encore Corinne et l'oncle Charles –, le ton de Simon change. Les Corps conducteurs (1971), Triptyque (1973), Leçon de choses (1975) sont des jeux surprenants sur des formes géométriques ou sur des structures, proches des « collages » en peinture. On n'y trouve plus la quête du passé : le passé est irrémédiablement perdu. Seul existe le présent, le présent de l'écriture. Ces livres restent, à leur manière, de caractère autobiographique : Simon a effectué le voyage en Grèce de La Bataille de Pharsale, il s'est rendu à un congrès en Amérique latine, et c'est sa propre marche dans New York qui est décrite dans Les Corps conducteurs ; des souvenirs de son enfance dans le Jura constituent une des fictions croisées de Triptyque. Mais l'« autobiographie » n'est plus ici recherche du passé : elle devient description de ce que ressent l'auteur au moment même où il écrit. L'écrivain a pris conscience que l'on n'écrit jamais sur le passé disparu, mais sur ce que, dans l'instant de l'écriture, on ressent de ce passé : « Stendhal, explique-t-il, est en train de rédiger sa Vie d'Henry Brulard et entreprend de raconter avec le plus d'exactitude possible son passage du Saint-Bernard. Et il arrive ceci : il se rend compte tout à coup qu'il décrit non pas ce qu'il a lui-même vécu, mais une gravure de cet événement qu'il a vue depuis et qui, dit-il, a pris la place de la réalité. Voilà : nous écrivons toujours quelque chose qui a pris la place de la réalité et qui l'occupe dans notre cerveau. »
Femmes (publié aux éditions Maeght en 1966, puis, en 1983 aux éditions de Minuit, sous le titre La Chevelure de Bérénice) dit au présent les sensations que font naître en lui des toiles de Miró qu'il a sous les yeux au moment où il écrit. Dans Les Corps conducteurs, Simon, impressionné par la structure géométrique de l'architecture new-yorkaise, écrit en phrases courtes, sèches, « à angles droits ». Inspiré au départ pa … ]
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