Dans le paysage des lettres françaises de la seconde moitié du xxe siècle, l'œuvre de Claude Simon (né en 1913), couronnée en 1985 par le prix Nobel, s'affirme comme l'une des plus puissantes. Paru en 1989, L'Acacia est une tentative pour retourner aux sources de la mémoire familiale, une autobiographie paradoxale dont le « je » est banni.
Dans les cimetières militaires de 1919, trois femmes en voiles de deuil, accompagnées d'un jeune garçon, cherchent la tombe d'un soldat tombé au combat. En 1940, revenu de la déroute, un jeune homme tente de reprendre pied dans la vie quotidienne, et, contemplant l'acacia dont les branches tremblent devant sa fenêtre, se met à écrire. Entre ces deux « séquences » (la première et la dernière du livre), Claude Simon donne à lire – donne à voir, plutôt, en douze tableaux – la naissance d'une vocation littéraire. Il écrit parallèlement une sorte d'autobiographie familiale et se fait l'archéologue du passé de ses parents. Son roman se présente, en effet, comme un arbre généalogique aboutissant, à travers des générations de paysans pauvres du Jura ou […]
