Né a Cannes en 1932, romancier et critique (ces deux activités d'écriture sont chez lui réversibles), membre du comité de rédaction de la revue Tel Quel entre 1962 et 1971, Jean Ricardou doit être avant tout considéré comme l'exégète, le théoricien et le chef de file du Nouveau Roman. Si l'on écarte ses œuvres de fiction — L'Observatoire de Cannes (1961), La Prise de Constantinople (1965), Les Lieux-dits (1969) — qui valent moins par elles-mêmes que par référence à un discours critique qui les motive, qu'elles vérifient et relancent, c'est au gré de quatre essais de première importance, impressionnants dans leur rigueur glacée et leur implacabilité conceptuelle, que se constitue son itinéraire ; itinéraire qu'il faut saisir autant dans sa progression chronologique que dans sa relation à un corpus textuel bien délimité.
Quand s'opère, entre les années 1950 et 1960, un regroupement d'écrivains divers mais rapprochés par le hasard (un éditeur commun) et la nécessité (la parenté des projets littéraires : une déconstruction plurielle du roman traditionnel avec son histoire, sa psychologie, ses personnages), Ricardou en assume d'emblée la coor […]
