Le cinéma de Hong Kong a longtemps été associé à un nom, celui de Bruce Lee, et à un genre, le kung-fu, longtemps appelé, à tort, « film de karaté ». En raison du statut de colonie britannique de la ville jusqu'en 1997, le cinéma de Hong Kong a pu transformer la tradition des arts martiaux en genre cinématographique, car l'histoire de la Chine impériale avait été bannie des écrans par le régime de Pékin. Les films d'arts martiaux, à l'image du western pour l'Amérique, ont permis à tout un peuple de se réapproprier son histoire. Le cinéma de Hong Kong a été le lieu de transit d'une mémoire en exil, qu'il a confrontée à la singularité de la culture cantonaise, originaire du Sud. Car tout au long de son existence, le cinéma de Hong Kong a parlé deux langues, tantôt le cantonais, la langue locale, tantôt le mandarin, la langue de la Chine continentale. Après avoir assumé symboliquement sa double identité, entre culture populaire du Sud et culture lettrée du Nord (par l'entre-mise de l'opéra de Pékin), le cinéma de Hong Kong a vécu la rétrocession de la colonie à la Chine sur un mode panique, la plupart des cinéastes et comédiens préférant poursuivre leur carrière aux États-Unis. Sur les cendres du cinéma d'arts martiaux, fleuron de l'industrie locale, est né un authentique artiste, Wong Kar-wai, symbole du renouveau esthétique du cinéma mondial.
1. Les pionniers
Dès que les Japonais occupent Shanghai en 1938, des cinéastes chinois se réfugient à Hong Kong, où ils tournent des films patriotiques antijaponais. Ce premier élan, insufflé par des émigrés, initiateurs du cinéma de la colonie, s'interrompt lorsque les Japonais s'emparent de la ville en 1941. La seconde vague d'émigration à la fin des années 1940 sera décisive. Elle concerne les cinéastes restés à Shanghai en 1938 (Maxu Weibang, Li Pingqian) et ceux qui fuient la guerre civile qui oppose Guomindang et les communistes. Regroupés autour de quelques compagnies, ils imposent un cinéma parlé en mandarin, bien accueilli par une population […]
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