Lorsque Christoph Hein reçut en 1982 le prix Heinrich Mann, l'écrivain Peter Hacks le présenta dans sa laudatio comme une exception : dramatique dont les romans sont des succès, un romancier doué pour l'écriture dramatique. À l'époque, Peter Hacks ne pouvait pas savoir que l'auteur se révélerait être également non seulement un essayiste brillant, mais aussi un repère intellectuel et moral pour plus d'un de ses concitoyens dans les années difficiles qu'allait traverser l'Allemagne.
Curieux parcours en effet que celui de cet écrivain né en 1944 en Silésie et qui grandit en Thuringe et en Saxe avant d'aller poursuivre – illégalement – ses études secondaires à Berlin-Ouest, car « l'État des paysans et des ouvriers », ainsi que se désignait elle-même la R.D.A., avait refusé à ce fils de pasteur de continuer ses études dans son pays. La construction du Mur, en 1961, sonne l'heure de son retour dans sa famille et dans son pays, lequel lui refuse alors l'autorisation d'entreprendre des études supérieures, arguant de son départ illégal pour Berlin-Ouest et de la non-validité d'un baccalauréat « capitaliste ». Interdit d'études, le jeune Hein exerce différents emplois avant d'aller frapper à la porte de la Volksbühne dont Benno Besson est alors le directeur artistique.
Christoph Hein raconte que, depuis qu'on lui avait offert, à l'âge de douze ans, un volume réunissant les pièces de Schiller, une violente passion pour le théâtre s'était emparée de lui et lui avait donné le goût de l'écriture dramatique. Benno Besson l'engage à ses côtés ; Hein devient peu de temps après son assistant, puis son dramaturge, et l'auteur dramatique de la maison. La censure, elle, n'entend pas les choses de cette oreille. Si plusieurs pièces de Hein sont mises en répétition, elles reçoivent rarement l'autorisation d'être représentées, ou bien sont brusquement retirées de l'affiche peu après la première (Schlötel oder was solls, 1974). Lorsqu'en 1979, Benno Besson quitte la Volksbühne et la R.D.A., Christoph Hein cesse son travail au […]
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