Linguiste suisse, Bally est l'élève de Ferdinand de Saussure, auquel il succède à la chaire de linguistique générale de l'université de Genève ; avec Albert Sechehaye et Albert Riedlinger, il assure la publication posthume du Cours de linguistique générale. La plus grande partie de son œuvre est consacrée à la stylistique. Celle-ci est, par tradition, à la fois l'étude des règles de la « belle écriture » et la recherche de l'homme derrière l'œuvre, puisque, selon la célèbre formule de Buffon, « le style est l'homme même ». Bally prend le contre-pied de cette conception. D'une part, il réfute les tendances normatives de la stylistique, considérant que le propos de cette discipline n'est pas d'énoncer l'art d'écrire ; d'autre part, il refuse de s'intéresser à l'écrivain, à la littérature, au texte écrit, pour se tourner vers la langue (opposée à la parole, au sens saussurien). Son Traité de stylistique française (1909) précise ces points. La stylistique n'a pour objet ni le phénomène général du style à travers les langues (« tâche chimérique »), ni le style d'un écrivain particulier : elle doit étudier la langue parlée et ses ressources stylistiques. Face à la stylistique littéraire, qui est, jusque-là, la seule reconnue, c'est donc une stylistique linguistique qu'il tente d'inaugurer, en travaillant sur les ressources de la langue et non sur le discours émis. Ainsi, il étudie les variantes stylistiques, c'est-à-dire les énoncés qui ont sensiblement le même sens, mais se différencient du point de vue du style. Bally distingue les effets par évocation, qui indiquent le milieu linguistique du locuteur (ce qu'on appelle ailleurs les « niveaux de langue »), et les effets naturels, qui concernent les sentiments du locuteur, son état d'esprit, etc.
L'étude de ces deux éléments principaux définit le domaine de la phonétique expressive (appelée plus tard « phonostylistique »), dont l'objet est de distinguer ce qui dans le discours relève simplement de la communication et ce qui nous renseigne sur l'origine du locuteur autant que sur son état affectif. J. Marouzeau (Précis de stylistique française, 1946) et M. Cressot (Le Style et ses techniques, 1947) ont suivi la même voie et contribué par là même à créer une science aux nombreux développements (c'est le cas, en particulier, de la linguistique structurale).
Bally s'est aussi intéressé à la linguistique générale, poursuivant, d'une part, la pensée de Saussure (« L'Arbitraire du signe, valeur et signification », in Le Français moderne, VIII, 1940), élargissant, d'autre part, sa propre vision à l'ensemble des problèmes posés par l'étude du langage (Linguistique générale et linguistique française, 1932 et 1944).
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