La littérature brésilienne naît de sa matrice portugaise, et une des questions est de savoir si elle en constitue un rameau jusqu'à l'indépendance du pays en 1822, ou si elle prend son autonomie avec la « découverte » de celui-ci en 1500. Le problème de la périodisation est un enjeu décisif de son identité où s'affrontent lectures historico-sociologiques et critères stylistiques. Cette littérature est-elle d'entrée de jeu brésilienne, traduisant un univers sémiotique spécifique, produisant une langue originale et une vision du monde irréductible ? L'importation des modèles stylistiques et formels européens se fait-elle par simple imitation, ou cette transplantation est-elle déjà marquée d'une réélaboration propre, signant la « différence » brésilienne ? À ces deux lectures pareillement euphoriques qui mettent l'accent sur le pouvoir autonome de cette littérature dès son origine, s'oppose la thèse historico-sociologique : la littérature brésilienne, rameau tardif de la littérature européenne est une « formation » laborieuse qui ne se met en place, comme système littéraire autonome qu'entre Lumières et romantisme, accompagnant ou annonçant l'indépendance nationale.
1. Une identité en mouvement
Dès l'origine, deux figures fondatrices dégagent les veines constitutives de l'unité disjonctive de cette littérature, partagée entre enracinement brésilien, avec le bahianais Gregorio de Matos (1633-1697) et ouverture cosmopolite avec le jésuite Antonio Vieira (1608-1697). Un double registre, l'un, interne et vernaculaire, induisant une littérature régionaliste, réaliste voire sociale ; l'autre, cosmopolite, européen, attentif à une littérature plus intérieure ou universelle, voire formelle, dont le plus grand représentant est Machado de Assis (1837-1908).
Le romantisme, contemporain de l'indépendance politique, travaille les mythes constitutifs de l'identité nationale. D'où le thème indianiste qui serait comme le fondement de la brésilianité, en même temps que le roman régional, qui explo […]
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