Sans aucun doute possible, Bourvil a été le plus grand acteur comique de sa génération. Son registre s'étendait à tous les genres, de l'humour bouffon au drame, avec une subtilité qui lui a permis de passer d'un extrême à l'autre en donnant l'impression de rester toujours naturel. Tout au long de sa carrière, il eut, à plusieurs reprises, le courage de ne pas se satisfaire d'un succès trop facile, faisant preuve d'exigence vis-à-vis de lui-même et de son métier de comédien.
Bourvil est sans doute le seul fantaisiste de music-hall (avec Raimu et Fernandel) à avoir réussi au cinéma une carrière qui ait exploité toutes les facettes de sa riche personnalité. Étiqueté « amuseur », il parviendra, malgré les réticences des producteurs qui le cantonnèrent pendant plusieurs années dans les emplois de « niais », à prouver qu'il était un interprète d'une absolue diversité.
Rien ne destine au spectacle André Raimbourg, né à Pétrot-Vicquemare, près de Bourville — d'où son pseudonyme — en Normandie. Apprenti boulanger, il s'amuse à jouer du cornet à piston : une passion qui lui ouvre le chemin du royaume des saltimbanques. À Paris, où il fait son service militaire, en 1937, dans la musique, au 24e régiment d'infanterie, le futur Bourvil pousse volontiers la chansonnette, et hante les caf'conc' de quartier. À la Libération, il tente sa chance dans les radios-crochets en imitant son idole, Fernandel, et débute au cabaret et à la radio. Vêtu, comme le veut la tradition, d'un costume de « paysan endimanché », Bourvil mène l'art de la chansonnette faussement naïve jusqu'à un raffinement jamais atteint. Entre ses mains, les couplets assez consternants de « Elle vendait des cartes postales... et aussi des crayons » deviennent le canevas d'une petite comédie irrésistible : la gestuelle de Bourvil est aussi éloquente que sa parole et ses silences.
Très vite, Bourvil débute au cinéma où il se contente de reprendre à l'écran son personnage de music-hall. Pendant cinq ans, et ce dès La Ferme du pendu (1945), Bourvil sera le paysan naïf, plein de bon sens, l'amou […]
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