La place de Clouzot dans l'histoire du cinéma est malaisée à définir. Si tel de ses films a connu un succès considérable (Le Salaire de la peur), tel autre fut une expérience de laboratoire (Le Mystère Picasso). Tantôt il s'enlise dans le commercialisme le plus épais, tantôt il fait œuvre d'avant-garde. Un même ouvrage peut charrier le meilleur et le pire : c'est le cas des Diaboliques. La reprise obsédante de certains thèmes (l'innocence outragée, le voyeurisme, la délation), son goût du morbide et du crapuleux, la tyrannie qu'il exerce sur ses comédiens, sa situation volontairement marginale dans l'industrie du film en font un auteur à part, presque inquiétant.
Clouzot fut, durant les premières années du « parlant », scénariste et dialoguiste (non crédité) de nombreux films, plus médiocres les uns que les autres. Il travailla pour la radio, l'opérette, le Grand-Guignol. Sa première mise en scène « officielle » fut, en 1941, L'assassin habite au 21, adaptation originale d'un roman policier du Belge Stanislas-André Steeman, dans la série des « Monsieur Wens ». Puis ce fut, en 1943, Le Corbeau, où l'on trouve déjà, épars, tous le […]
