Le terme bibliophilie est de création récente, mais la chose est fort ancienne. Déjà, les Assyro-Babyloniens conservaient parfois dans un étui de terre cuite les tablettes, elles-mêmes de terre cuite et quasi indestructibles, qui leur tenaient lieu de livre. En Grèce et à Rome, le rouleau de papyrus (volumen), souvent teint, se développait autour de bâtonnets d'ivoire terminés par des boutons précieux. Au jour de l'An, Martial envoyait à ses amis ses poésies inscrites sur des tablettes d'ivoire, assurément dignes de bibliophiles. Dans une villa d'Herculanum, la bibliothèque renfermait plusieurs exemplaires d'une même œuvre, réunis par quelque collectionneur éclairé. Sénèque pourra cependant dénoncer les amateurs qui amassent les livres non pour les lire, mais pour les faire admirer (De tranquillitate animi, ch. ix). Mais au Moyen Âge, « les livres étaient plus rares et plus chers que les pierres précieuses » (Voltaire). Il est donc impensable que l'on ait pu réunir des livres sans être bibliophile.
En fait, si l'on excepte les communautés religieuses et les hommes d'Église, seuls […]
