4. Constitution d’une collection
L'acquisition faite, le bibliophile appose sur le volume sa marque de possession ou ex-libris. À l'inscription manuscrite qu'écrivait au Moyen Âge le bibliothécaire d'un couvent, à celle que Grolier et ses émules du xvie siècle faisaient frapper en lettres d'or sur la reliure s'est substitué l'ex-libris gravé, collé à l'intérieur du volume, sur le contre-plat : étiquette de papier portant, dès le xviie siècle, les armes du possesseur, ou bien, à partir du xixe siècle, une gravure allégorique, allusion à ses goûts, voire un label de cuir à son nom ou à son chiffre. Marque de possession permettant de suivre, de vente à vente, le pedigree d'un volume et la montée des prix d'adjudication, à moins qu'il n'aboutisse dans quelque bibliothèque publique, comme ce fut et comme c'est encore si souvent le cas aux États-Unis (Folger Library, Washington ; Pierpont Morgan Library, New York ; Huntington Library, San Francisco ; Beinerke Library, Yale University) et comme le cas s'est produit à Genève, avec la Bodmeriana.
Il y a plusieurs espèces de bibliophiles, écrivait au xixe siècle Paul Lacroix : « les exclusifs, les fantasques, les vaniteux, les thésauriseurs ». Peut-être ces différentes espèces se ramènent-elles aujourd'hui à une seule. Il est réconfortant de voir à quel idéal obéissent certains des grands amateurs offrant leurs collections à une ville ou à une université. Ils rejoignent la tradition des purs bibliophiles, celle des religieux du Moyen Âge pour qui tout livre était sacré, celle de ces lettrés chinois dont beaucoup auraient pu souscrire à l'avertissement que, selon M.-R. Guignard (Aspects de la Chine, II, Paris, 1959), le grand bibliophile Tu Xian portait à l'époque Tang sur tous ses volumes : « Vendre ou prêter les livres paternels est contraire à la piété filiale. »
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