3. Le régime révolutionnaire de Mathieu Kérékou
Pour nombre d'observateurs, cette nouvelle intervention de l'armée dans le jeu politique dahoméen s'inscrivait dans la continuité des précédentes. En fait, le régime révolutionnaire qui se mit en place en 1972 allait ouvrir une ère nouvelle, rompant avec les deux traits caractéristiques de la période précédente : l'hégémonie politique des « évolués » et l'instabilité institutionnelle chronique. Le régime instauré par Kérékou inaugura une longue période (17 ans) de stabilité relative, au cours de laquelle de nouvelles élites civiles et militaires allaient s'affirmer dans l'espace public.
• Les aléas de la révolution
De 1972 à 1990, le régime de Kérékou connut toutefois des métamorphoses importantes, liées à l'évolution des luttes factionnelles : une brève période nationaliste (1972-1974) ; une phase de radicalisation et d'institutionnalisation du régime (de 1974 au début des années 1980) ; une phase « thermidorienne » d'ouverture où le pragmatisme semblait devoir l'emporter sur l'option socialiste (1982-1988), et enfin une situation de crise ouverte qui allait conduire à la chute du régime (1989-1990).
En 1974, sous l'influence de jeunes révolutionnaires – les « Ligueurs » – le gouvernement adopta le marxisme-léninisme comme idéologie officielle et engagea un vaste programme de « révolutionnarisation » de la société que devait symboliser le changement de nom du pays, devenu république populaire du Bénin en novembre 1975. Nationalisation de tous les secteurs de l'économie, réforme du système éducatif, mise en place de coopératives agricoles et de nouvelles structures d'administration locale (comités révolutionnaires locaux), interdiction des activités politiques et syndicales, lancement d'une violente campagne d'éradication des « forces féodales » (chefferies et religions traditionnelles) : le pouvoir verrouillait toutes les activités et institutionnalisait la dictature avec la création, en 1975, du Parti de la révolution populaire du […]
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