3. Inscrits au patrimoine musical universel
On reste frappé par la discordance entre une vie que n'ont pas épargnée les sordides questions d'argent, de sexe et de drogue, et les visages joufflus et optimistes qu'on voit sur les photos que tout le monde connaît. On sait par exemple que, quelques minutes avant d'être décoré, comme ses camarades, de l'Ordre de l'Empire britannique par la reine d'Angleterre, le gentleman Lennon s'était substantiellement dopé. Beaucoup plus tard, l'accaparement par Michael Jackson et la firme Sony des droits éparpillés des chansons des Beatles, qui échappèrent ainsi à McCartney lui-même, fut une affaire des plus douteuses. Mais on ne peut qu'admirer l'intelligence musicale de leurs albums, somptueux et fidèles à une même couleur sonore, tout en se montrant inventifs et variés. La collaboration, voire l'âpre compétition de Lennon et de McCartney y sont pour beaucoup, mais aussi une mystérieuse synergie dès qu'ils se retrouvaient à quatre dans un studio d'enregistrement. Tout est minutieusement travaillé chez les Beatles, le phrasé et l'harmonie. John a une voix exceptionnelle, qu'il aime développer sur les modes les plus étranges parfois ; il apporte sans excès la touche de démesure à ce qui, sans lui, aurait pu devenir mièvrerie. Paul est un talentueux bassiste, en position de directeur musical bien souvent, et son sens aigu de la mélodie continue d'étonner le monde musical. George est un guitariste de premier ordre, qui tient sa place auprès des plus grands, comme Eric Clapton ou Bob Dylan. Ringo contribue de façon sûre, en dépit de ses limites techniques, à la sonorité d'ensemble, et sa percussion discrète et efficace souligne sans la marteler la ligne mélodique.
L'intégralité de la musique enregistrée par les Beatles ne dépasse pas une douzaine d'heures. Douze heures, cependant, qui ont suffi à bouleverser l'univers de la musique populaire.
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