Né à New York en 1905, de parents juifs polonais immigrés aux États-Unis en 1900, Barnett Newman appartient à cette génération d'artistes américains qui émergea après la Seconde Guerre mondiale autour de Jackson Pollock, Willem De Kooning, Franz Kline et Robert Motherwell notamment, et regroupés malgré eux sous l'appellation « expressionnistes abstraits ». Motherwell, pourtant, n'hésitait pas à considérer Newman comme un traître ou, du moins, comme une menace pour ce qu'il nommait l'école de New York. Dès la première exposition de l'artiste en 1950, il était donc clair que la peinture de Newman n'entrait dans aucune catégorie, et sa meilleure définition demeure celle qu'il suggéra lui-même en réponse aux critiques : trop abstraite pour les expressionnistes ; trop expressionniste pour les abstraits. Reconnaître ce double excès, c'est admettre que l'art de Newman a quelque chose de déviant et qu'il véhicule en cela une menace persistante.
1. Le rêve
La lutte de Newman commença dès les années 1920 et fut aussi bien motivée par sa découverte de la pensée anarchiste, son enthousiasme pour la mystique juive, que par un contexte mondial désastreux né de la crise économique de 1929 et se poursuivant jusqu'à Hiroshima. Dans les années 1930, rejetant toute forme de compromis esthétique et moral, il fut ainsi l'un des rares artistes de sa génération à refuser de participer au Work Progress Administration, un programme gouvernemental d'aide aux artistes. « Il est temps, écrivait-il en 1942, que les artistes refusent l'argent de l'isolationnisme, qu'ils répudient les marchands d'art, les faveurs des directeurs de musée. Il est temps que les artistes oublient le succès... » En ces termes, Newman distinguait l'ambition de l'exigence morale, et dénonçait l'urgence de reconsidérer la raison même d'être « artiste », c'est-à-dire « le rôle le plus élevé qu'un homme puisse accomplir [...] un rêve ». C'est pourquoi, déclarait-il, « je ne peux pas me considérer comme un artiste, ARTISTE – On dirait une insul […]
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