2. L'ambition
Le but élevé que Newman formula pour son art tient sans doute dans la réponse qu'il donnait à ceux qui doutaient de son sens et de sa portée effective : le « comprendre correctement, affirmait-il encore peu avant sa mort à New York en 1970, signifierait la fin de toute forme de capitalisme d'État et de totalitarisme ». Certes, entre les deux guerres, une possible réforme du monde par l'art avait déjà motivé les expérimentations issues de De Stijl et du Bauhaus, traversé les velléités révolutionnaires du surréalisme et exalté la prétention à modeler la vie par l'art des esthétiques régionalistes ou totalitaires. Une telle histoire ne pouvait conduire qu'à un constat radical, que Newman formula clairement en 1939 : « La peinture est finie, nous devrions tous l'abandonner. » Ce qu'il fit jusqu'en 1944-1945, détruisant ses toiles au fur et à mesure qu'il les réalisait. L'œuvre de Newman s'ouvre ainsi sur une absence d'œuvre déterminante. Et lorsque l'artiste recommence à peindre, au milieu des années 1940, sa décision repose encore, paradoxalement, sur la conviction que « la peinture [est] morte ». Cela ne signifie pas qu'il tenait le tableau de chevalet pour une forme obsolète dont il fallait se débarrasser. Ce qu'il affirmait, après 1945, c'est que la crise de la peinture reposait précisément sur l'expression de son impossibilité et que cet art ne pouvait se réduire au seul pouvoir de faire une image. Un pouvoir, estimait Newman, que les « artistes » surréalistes, malgré le contenu de leur art, n'entendaient que comme la simple possibilité de produire une image de plus, tandis que, pour leur part, Mondrian et ses épigones en manipulaient la force pour élaborer un modèle esthétique dogmatique privé de substance.
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