4. La révolution
L'œuvre de Newman reste, quantitativement, modeste : seule une centaine de tableaux sont recensés, auxquels il faut ajouter notamment 88 dessins, 6 (ou 7) sculptures, 41 estampes et un modèle d'architecture pour une synagogue. Son ambition l'est moins. Sans conteste, l'espace nouveau qu'ouvre sa peinture, indissociable de l'esprit intransigeant qui préside à sa création, tend fortement à susciter l'identification physique et métaphysique du spectateur à l'artiste. Son art, comme le suggérait le critique Lawrence Alloway, pourrait-il alors servir de « modèle moral pour l'action humaine » ? Certes, proclamait Newman dès 1933 pour soutenir sa candidature (aberrante) à la mairie de New York : « seule une société entièrement composée d'artistes vaut la peine qu'on y vive ». En d'autres termes, une « société ouverte, un monde ouvert, non un monde institutionnel clos » qu'une juste compréhension de son art, élevant le spectateur au point de vue de l'artiste, serait à même de libérer. Mais le vrai révolutionnaire, disait-il aussi, « l'est seulement en idées. Concrétiser ces idées, c'est les rendre presque immédiatement obsolètes... » La puissance libératrice de son art réside en cela dans la réserve active de ses zips, et la plus grande force révolutionnaire de la peinture de Newman demeure peut-être dans cette résistance qu'elle oppose à son propre dogmatisme, préservant ainsi une menace dont l'exécution reste toujours à venir.
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