3. Le premier tableau
La réalisation de Onement I (Museum of Modern Art, New York) en 1948, un tableau que Newman regardait contre toute logique de catalogage comme sa première peinture, confirmera son intuition que l'art de l'avenir résidait dans cette double confrontation au surréalisme et à l'abstraction afin d'engendrer, selon ses termes, « un art abstrait quoique plein de sensations, capable d'exprimer la pensée philosophique la plus abstruse ». Sans l'inaugurer, cette petite toile inachevée (sans pour autant être incomplète) radicalisait également une conception de l'espace qui caractérise l'art de Newman, combinant une ou plusieurs étendues de couleur traversées d'une ou plusieurs bandes, ou zips, comme il préférait les appeler. Bien que sa peinture soit généralement assimilée à l'esthétique du color-field (proche des grands formats colorés de Mark Rothko ou de Clyfford Still), Newman la définissait alternativement, et avec une même force, comme un art du dessin et un art de la couleur, considérant tout à la fois que sa contribution essentielle résidait « avant tout dans [son] dessin » et que sa peinture dépendait « entièrement de la couleur ». De même, tandis que son esthétique reste souvent réduite à un emploi spectaculaire des grands formats – de Vir Heroicus Sublimis, 1950-1951 (242,2 cm × 541,7 cm, Museum of Modern Art, New York), à Anna's Light, 1968 (275 cm × 610,5 cm, Kawamura Memorial Museum of Art, Sakura, Japon) – sa peinture ne repose pas, ou pas seulement, sur le choc ou la commotion éventuellement éphémère qu'elle suscite. Les dimensions inhabituelles de The Wild, 1950 (243 cm × 4,1 cm, Museum of Modern Art, New York) restent en cela un exemple frappant de la manière dont sa peinture redéfinit notre sens de l'échelle et perturbe violemment la frontière qui sépare traditionnellement l'espace du spectateur et celui de l'art.
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