Si le Brésilien Ayrton Senna ne possède pas le palmarès le plus fourni de la formule 1, il en demeure une icône inégalée dont la mort brutale a amplifié l'aura. Senna possédait en effet le même charme romantique que Jim Clark, qui lui aussi trouva la mort en allant au bout de sa passion ; son charisme était sans égal ; il dissimulait son agressivité extrême derrière le casque jaune qui lui servait de masque.
Virtuose du volant, il multiplia les exploits dès que la pluie s'invitait : « Il faut alors une certaine dose de magie pour piloter. C'est une question de sensibilité et d'instinct, car tout est amplifié », déclarait-il de façon immodeste. Son pilotage jusqu'au-boutiste lui permit de se montrer un incomparable compétiteur lors des essais qualificatifs, quand il faut aller chercher les quelques millièmes de seconde qui permettent de conquérir la pole position – il en obtint soixante-cinq, un record qui ne sera battu que par Michael Schumacher. Mais son agressivité en piste lui valut aussi de nombreuses acrimonies, notamment avec Alain Prost, qui fut son meilleur ennemi : « Son but n'était pas seulement de me battre, mais de me détruire. Il cherchait à me foutre en l'air », déclara le pilote français.
Senna a su attiser la passion du public grâce à un style conquérant. Il y ajoutait le charme d'un homme que rien ne faisait reculer. D'un abord parfois distant, il trahissait aussi, dans certaines circonstances, une sensibilité déroutante. Autre paradoxe : sa foi chrétienne, ostensiblement affichée, n'empêchait pas un solide réalisme. Grâce à ses gains, et après s'être créé un paradis personnel dans son Brésil natal, il put jeter les bases d'un véritable empire commercial. Senna avait assorti ce dernier d'une fondation en faveur des enfants déshérités de son pays.
Ayrton Senna demeure une idole au Brésil, où des milliers de fans continuent de défiler devant sa tombe le 1er mai, jour anniversaire de sa mort tragique.
1. Les débuts d'un surdoué
Fils de Milton da Silva et de Ne […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



