5. L'anoméisme radical
À Antioche, dès la seconde moitié du siècle, des théories professées par Aétius, puis par son disciple Eunome, affirmaient une théologie bien plus radicale que celle d'Arius. Appliquant au mystère de la Trinité les catégories logiques de la philosophie aristotélicienne – au point que leurs adversaires les accuseront de faire non pas de la théologie mais de la technologie ! – Aétius et Eunome soutenaient que l'essence même de Dieu était identifiable au concept d'inengendré. Comme seul le Père est inengendré, il est seul Dieu, et le Fils est donc fondamentalement dissemblable de lui, ἀνόμοιος. Eunome, encore plus philosophe, allait expliquer cette dissemblance en démontrant que l'essence de Dieu, qui est l'ἀγεννησία, c'est-à-dire le fait d'être inengendré, est incommunicable par définition, mais que ce que le Père a communiqué à son fils, c'est son ἐνέργεια, c'est-à-dire sa puissance créatrice, sa puissance d'action : ce qui fait du Fils l'intermédiaire entre Dieu et le monde créé. L'Esprit ne vient qu'en troisième lieu et ne possède aucun caractère divin. Dans cette Trinité cohérente, rationnelle, logique, où chaque élément s'oppose essentiellement aux deux autres, on retrouve la conception hiérarchique des essences d'une certaine métaphysique néo-platonicienne, dans laquelle toute procession est une chute, une dégradation de l'Être et marque une dissemblance foncière. Mais l'intérêt majeur de cette théologie anoméenne est sa tentative d'expliquer le mystère chrétien dans les cadres de la philosophie antique et de supprimer par une vision rationaliste l'irritant problème d'un Dieu trine et un.
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