Expression la plus haute et la plus achevée de ce que fut le génie grec, Apollon apparaît, avant même la période classique, comme un dieu proprement hellène. En lui, toute trace d'une origine asiatique, si sensible chez d'autres divinités, Dionysos notamment, a été estompée, et ce dès avant les poèmes homériques qui recueillent et délivrent une tradition plutôt qu'ils ne la créent, fixent les traits principaux du dieu que la postérité enrichit et développe plutôt qu'elle ne les réforme et les remodèle. De même qu'Artémis, sa sœur jumelle, incarne la Nature en liberté, tantôt douce, tantôt terrible, mais toujours imprévisible, de même Apollon est l'Esprit en liberté, et sa beauté physique, sa grâce éblouissante, dont témoignent les œuvres qu'il inspira, ne sont que la liberté de l'esprit manifestée par le corps. Apollon est le dieu de la « théorie », le dieu qui voit clair et loin, dieu solaire qui enseigne la prédiction (c'est dans son temple de Delphes qu'officiait la Pythie) aussi bien que la guérison (il est père d'Esculape), dieu d'équité (Thémis l'a nourri) et d'harmonie, qui se tient au-dessus de toutes les mêlées (cf. le combat des dieux, dans L'Iliadeau chant X […]
