2. Le discours de la folie et la société
La pratique de l'antipsychiatrie, qui se veut au plus haut point incluse dans la cité – posant comme un de ses buts essentiels la tolérance et l'acceptation de la folie, voire sa lecture, à la manière dont on décrypte un rêve ou un symptôme –, ne pouvait que se centrer sur l'articulation de la folie et de la société. Elle a d'abord contesté l'obligation des soins qui fait du psychiatre un auxiliaire de la police par le processus d'internement. C'est là un malaise ressenti et dénoncé par les psychiatres eux-mêmes. Mais, plus encore, cette obligation des soins, dit l'antipsychiatrie, conduit le sujet en crise aiguë à la chronicité. À partir de là, l'antipsychiatrie s'inscrit dans un projet politique en dénonçant le rôle que la société fait jouer à la psychiatrie, un rôle répressif fondé idéologiquement sur un savoir médical. Ce savoir médical tend à plaquer le modèle de la santé physique sur la santé mentale et à objectiver le malade en négligeant son discours, qui est révélateur non seulement de sa plainte, mais beaucoup plus de la non-reconnaissance de son existence par une société aliénée dans le rendement et le profit. La répression exercée par la psychiatrie s'articule avec la répression générale qui sévit dans les sociétés capitalistes. « L'antipsychiatrie a choisi de défendre le fou contre la société » (Maud Mannoni). Dès lors, l'antipsychiatrie en vient à nier la notion de maladie mentale et Cooper voit dans la descente dans la psychose l'amorce d'un véritable phénomène de mort et de résurrection.
Le discours de la folie a toutes les chances d'être entendu quand Laing affirme : « Je pense que les schizophrènes ont plus de choses à apprendre aux psychiatres sur le monde intérieur que les psychiatres à leurs malades. » L'on ne saurait que le suivre sur cette voie quand on pense qu'une thérapeutique classique ou médicamenteuse vise d'abord à priver le sujet de son expression propre. Laing dénonce l'aliénation imposée par la soc […]
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