Ayant consacré sa vie à la recherche dans des domaines très variés des sciences sociales (anthropologie, psychiatrie, cybernétique), Gregory Bateson s'est attaché plus encore à la recherche sur la recherche, c'est-à-dire à celle qui s'interroge sur les fondements de la connaissance des phénomènes humains.
1. La naissance d'une passion pour le travail scientifique
Fils du grand biologiste et généticien anglais William Bateson (1861-1926), Gregory grandit dans le milieu intellectuel de Cambridge. Au sein de sa famille, il eut à souffrir non seulement du peu d'intimité qui y régnait, mais aussi de sa qualité de benjamin d'une série de trois fils : les deux premiers « étaient réputés de brillants sujets », tandis que lui était considéré toujours « comme un sot », en dépit de ses succès scolaires indéniables. Toute la famille était agnostique aussi bien du côté paternel que du côté maternel, et depuis plusieurs générations. Le père faisait aux enfants, durant leur petit déjeuner, une lecture de la Bible « pour éviter, rapporte Gregory, que nous ne devenions des athées sans cervelle ». Il était écrit cependant là-haut, quelque part, que le benjamin allait devenir le seul héritier : l'aîné mourut à la guerre ; le deuxième, qui, rescapé des combats, voulait devenir auteur dramatique malgré l'opposition paternelle, « se tira une balle dans la tête à Piccadilly Circus... sous une statue d'Éros ».
En entrant à l'université, Gregory Bateson étudia d'abord la zoologie et entreprit ensuite un voyage d'étude aux îles Galapagos, dont il revint fort déçu en raison de la monotonie du travail de laboratoire. Il essaya donc la psychologie, puis obtint la maîtrise d'anthropologie sous la direction de A. C. Haddon. Peu après, son père mourut ; resté sa vie durant un adepte fervent de Darwin, mais regrettant aussi d'avoir connu trop tard les découvertes de Mendel sur l'hérédité, William Bateson avait, par son exemple austère, réussi à passionner son fils pour la science et, par contrecoup, pour […]
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