2. De l’ombre à la résurrection
Surviennent la guerre et l'Occupation. Cet homme dont la sensibilité est nourrie de ce que la culture allemande a de plus exaltant ne peut imaginer que, derrière le respect dont on l'entoure, le national-socialisme dissimule l'horreur au quotidien et l'assassinat de cette âme germanique que, de Goethe à Beethoven, il a tant aimée. Il accepte alors divers postes administratifs (haut-commissaire aux Beaux-Arts, directeur artistique des Services de la jeunesse) sous les gouvernements Pétain et Laval. Il fait sa rentrée à Paris en 1941 et participe avec Jacques Thibaud à un gala organisé par la Propagandastaffel. Il accepte enfin, en juin 1942, l'engagement que lui offre Furtwängler et il se produit à Berlin, Leipzig, Hambourg, Munich et Stuttgart.
En septembre 1944, il est arrêté puis condamné, sous la pression de l'opinion publique, à une année d'interruption de carrière. Après un premier retour à Tours (1946), il fait une rentrée plus que houleuse à Paris en janvier 1947. Blessé jusqu'au fond de l'âme, il annule tous ses concerts, s'installe à Lausanne et entame une interminable procédure judiciaire contre le Syndicat des musiciens, qu'il ne gagnera, en cassation, qu'en 1954. Réhabilité, il rejoue salle Pleyel le 17 octobre 1949 pour le centenaire de Chopin et, malgré une opération des yeux, reprend sa trépidante carrière. Entre 1944 et 1958, il donne plus de 970 récitals... Certes la main défaille maintenant de plus en plus souvent, mais le musicien n'a pas pris une ride. En 1955 il enregistre pour Radio Lausanne une série de dix entretiens. Son dernier concert, le 10 juillet 1958 à Prades, a toute la valeur d'un symbole : après plus de vingt ans de séparation artistique, il retrouve son compagnon des premiers jours, Pablo Casals. Il consacre ses dernières années à l'enseignement et meurt à Lausanne le 15 juin 1962.
Collectionneur averti de livres rares et d'autographes musicaux, Alfred Cortot est aussi un écrivain de grand style et de vaste culture. Il signe deux ou […]
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