Aussi insaisissable que ces Papillons de Schumann qu'il a tant joués, Alfred Cortot a voulu s'abandonner à toutes les musiques, à toutes les aventures, quitte à s'y brûler parfois les ailes. Une curiosité jamais apaisée, une soif de beauté toujours plus vive au fil des années en font l'une de ces personnalités vif-argent qui glissent entre les limites des définitions et s'évadent des portraits les plus fidèles. De l'orchestre au piano, de l'enseignement à l'écriture, de Richard Wagner à Claude Debussy, Alfred Cortot n'a jamais accepté la contrainte des modes, des clans, des spécialités. Aujourd'hui encore il fascine par cette fringale de liberté, cette vie puissante qui emplit ses interprétations jusqu'aux plus tardives.
1. Le philtre wagnérien
Alfred Denis Cortot naît à Nyon (Suisse) le 26 septembre 1877. Aucun don précoce ne le signale à l'admiration des siens et ses études musicales seront plus la conséquence d'une décision familiale que la réponse à une irrésistible aspiration. À Genève, où les Cortot s'établissent en 1882, ses sœurs guident ses premiers contacts avec le clavier. Mais, bien vite, c'est à Paris que la famille se fixe. Le jeune Alfred entre en novembre 1887 dans la classe préparatoire au Conservatoire que dirige un ancien élève de Chopin, Émile Decombes. Il y côtoie Reynaldo Hahn, Édouard Risler, Lazare-Lévy et Maurice Ravel. Ses premiers résultats n'en font pas un enfant prodige : échec en 1888 et 1889, troisième médaille dernier nommé en 1890, première médaille en 1891, deuxième médaille en 1892... L'année même où sa jolie voix de soprano lui permet de participer en soliste, avec Louis Aubert, au Stabat Mater de Palestrina et à la Messe de César Franck, il entre enfin, en octobre 1892, dans la classe supérieure qu'anime Louis Diémer. Plus que son prestigieux professeur, c'est un assistant, Édouard Risler, son aîné de quatre ans à peine, qui marquera à jamais les conceptions musicales d'Alfred Cortot. Dès 1894, il aborde la musique de chambre avec Jacques Thib […]
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