2. Itinéraires et rituels
Peu à peu, le cinéma de Kiarostami prend une forme abstraite, fascinante, apportant plus de questions que de propositions. Le dispositif l'intéresse plus que le projet initial. Dans Où est la maison de mon ami ? le spectateur pouvait suivre un trajet lisible au premier degré : l'enfant désireux de rapporter son cahier à son ami. Dans Ta'm e guilass (Le Goût de la cerise, 1997, palme d'or au festival de Cannes) et Bad mara khahad bord (Le vent nous emportera, 1999), les mobiles des personnages demeurent mystérieux, quand ce n'est pas l'identification de la situation qui demeure suspendue. Dans le premier, un homme circule en 4×4 dans la banlieue de Téhéran, prend à son bord divers passagers à qui il propose de l'argent en échange d'un « service ». On comprendra que Baadi cherche à se suicider, qu'il a déjà creusé sa tombe et qu'il demande une aide. On ne saura jamais pourquoi. La mort est encore au centre du second film, où divers personnages viennent dans un village attendre la mort d'une vieille femme dont on ne saura rien. On comprend progressivement qu'il s'agit d'un reportage sur un rite funéraire, mais le statut professionnel du héros reste volontairement flou : on l'appelle « l'ingénieur ». Les deux films sont composer de trajets interminables et répétitifs, tels des rituels, justement. On songe à la structure répétitive et fermée de certaines œuvres de Kafka, comme Le Procès, La Colonie pénitentiaire, ou Le Chasseur Gracchus. Cette fermeture est précisément le sujet des deux films, le premier ne s'ouvrant qu'en toute fin, lorsque le héros devient personnage de fiction, qu'il est explicitement montré comme acteur dans un film de Kiarostami. Le protagoniste de Le Vent nous emportera accomplit à de nombreuses reprises un itinéraire complexe vers une colline surplombant le cimetière pour capter sur son téléphone cellulaire des appels de Téhéran d'une totale insignifiance. L'essentiel réside dans ce que permet de découvrir cet itinéraire. Au milieu de […]
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