Découvert en France en 1988, Abbas Kiarostami est le plus important des représentants du nouveau cinéma iranien des années 1980. Des œuvres telles que Close-up, Le Goût de la cerise ou Le vent nous emportera font de lui une figure majeure du cinéma contemporain. On a pu, en effet, rapprocher sa quête de la réalité et son interrogation sur les pouvoirs de l'image de celles qui parcourent l'œuvre de Roberto Rossellini.
1. Où est la réalité ?
Né à Téhéran en 1944, très tôt passionné de peinture, Abbas Kiarostami fait des études artistiques tout en travaillant dans l'administration. Il débute comme cinéaste publicitaire et réalise, de 1960 à 1969, plus de cent cinquante messages publicitaires. Il commence alors à travailler pour l'Institut pour le développement intellectuel des enfants et jeunes adultes (le Kanum), pour lequel il réalise près de vingt films de court ou de long métrage fondés sur une observation – du comportement des enfants, principalement – qui les apparente au cinéma documentaire, mais qui débouche toujours sur la fiction. Contrairement à une idée trop vite répandue en Occident, Kiarostami n'utilise pas le documentaire pour déjouer la censure, pas plus qu'il ne détourne fondamentalement le projet pédagogique de sa fonction première : il la prolonge plutôt en en interrogeant le dispositif.
En fait, Kiarostami a découvert très tôt l'importance de la forme par rapport à l'anecdote : au générique de Nan va kucheh (Le Pain et la Rue, 1970), un jeune garçon frappe régulièrement du pied une boîte de conserve qui n'en quitte jamais pour autant le champ, ce qui suscite chez le spectateur un double sentiment de satisfaction et de frustration, qui reste à la base du cinéma de l'auteur. Khaneh-ye dust kojast ? (Où est la maison de mon ami ?, 1987) ne peut plus être lu, à la lumière des réalisations ultérieures du cinéaste, comme un film réaliste ou comme une simple métaphore de la pression du pouvoir : adapté d'un poème de Sohrab Sepehri, mystique et libertin (au sens littéral du terme) […]
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