YAMAMOTO YOHJI (1943- )

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En réaction à une conception bourgeoise de l'élégance, le couturier Yohji Yamamoto propose des vêtements féminins dérivés de la garde-robe masculine, aux formes asymétriques, aux tissus froissés et vieillis, aux couleurs sombres. Le noir dense, délavé, brillant ou mat devient sa couleur qu'il décline dans des tenues déstructurées où la superposition de tissus joue un rôle majeur. Avant-gardiste et classique, la mode de Yamamoto transcende les cultures. Comme l'explique Wim Wenders : « Il y a chez lui quelque chose qui est hors de la mode, un sens de l'histoire et du temps. »

Une esthétique épurée et minimaliste

Le couturier Yohji Yamamoto est né à Tōkyō en 1943. Orphelin d'un père mort pendant la Seconde Guerre mondiale, il commence par faire son droit et obtient le diplôme de l'université de Keio (Tōkyō) en 1966. Mais plutôt que d'exercer une profession juridique, il préfère aider sa mère, couturière, à confectionner des robes. À Paris, il découvre le métier de styliste et de retour à Tōkyō, il étudie cette profession à l'école Bunkafukuso Gakuin, dont il obtient le diplôme en 1969. En 1972 il fonde sa propre société, Y's et sa première collection est présentée à Tōkyō cinq ans plus tard.

En 1981, en même temps que la créatrice Rei Kawakubo (Comme des garçons), il défile à Paris et défraye la chronique. La presse française est sous le choc. Dans une époque très colorée, les silhouettes japonaises apparaissent sombres. Les mannequins sidèrent par leur aspect « post-atomique » – le cheveu hirsute, le visage sans maquillage, la démarche mécanique au rythme sourd d’un battement de cœur amplifié ; les vêtements flottent autour du corps, dans une atmosphère lunaire. L'année suivante, c'est New York qui découvre cette conception de la beauté, bientôt destinée à revisiter les classiques de l'homme, le costume aussi bien que la chemise blanche. La première collection « Yohji Yamamoto Homme » est ainsi présentée à Paris, en 1984.

En 2002, Yohji Yamamoto est nommé directeur artistique de la ligne « Y-3 » produite par Adidas, et il présente à Paris la collection « Y's ». Avec autant de cordes à son arc, le couturier peut, par exemple, présenter ses modèles en avant-première de la saison de haute couture, ou encore mélanger dans un même défilé des productions masculines d'origines différentes. À ces multiples activités s'ajoute la création de parfums : Yohji en 1996, Yohji Essential deux ans plus tard, et, en 1999, Yohji Homme.

Si la production de Yamamoto échappe aux tendances changeantes de la mode, elle constitue en soi un véritable phénomène de mode, certes très élitiste, mais néanmoins vivace et pérenne. Ses créations s'inspirent très souvent du vêtement de travail, par exemple de la salopette ou de la combinaison. Les points d'appui des vêtements se situent à l'extrémité des clavicules. Pour le couturier, l'élégance est volontiers androgyne et tout se joue dans les articulations. Selon une conception traditionnelle extrême-orientale, l'air circule entre l'étoffe et la peau. Le vêtement a pour vocation de circonscrire le geste, sans l'entraver. C'est dans la fonctionnalité que se trouvent les principes de l'ornementation : nul bijou, nul détail ne vient détourner l'attention de l'essentiel. Les vêtements, très conceptuels, presque abstraits, bouleversent les codes de la séduction occidentale. Ils ont un aspect volontairement usé, troué, froissé, élimé ou très éloigné du luxe convenu. En les portant, le corps retrouve le goût de la pudeur, l'érotisme n'étant pas du tout de montrer, mais de faire deviner, de révéler les formes du corps au moyen du mouvement. Ces vêtements amples et déstructurés évoluent vers une silhouette plus près du corps où la couleur noire est ponctuée de quelques touches de couleurs vives.

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YOHJI YAMAMOTO (exposition)

  • Écrit par 
  • Catherine ORMEN
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Du 13 avril au 28 août 2005, le musée de la Mode et du Textile (Arts décoratifs) à Paris présentait une exposition « carte blanche » consacrée au créateur de mode japonais Yohji Yamamoto (né en 1943). Cette manifestation s'inscrivait dans une politique d'ouverture du musée à la […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Catherine ORMEN, « YAMAMOTO YOHJI (1943- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yamamoto-yohji-1943/