WYCHERLEY WILLIAM (1640-1716)

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Dès l'âge de quinze ans, Wycherley fut envoyé en France, où la duchesse de Montausier (Julie de Rambouillet, la célèbre Julie d'Angennes) le reçut dans la brillante société qu'elle rassemblait dans son hôtel. Rentré en Angleterre, il fit un court séjour à Queen's College (Oxford) puis s'inscrivit au Inner Temple à Londres, où il mena la vie frivole de la bonne société. Bien qu'il ait prétendu avoir écrit sa première pièce L'Amour dans un bois (Love in a Wood) à dix-neuf ans, c'est en 1671 seulement qu'elle fut jouée ; cette comédie lui attira les bonnes grâces de Barbara Palmer, duchesse de Cleveland, la très dissolue maîtresse de Charles II. Il s'engouffra alors dans le tourbillon des élégances peu farouches que ce monarque entretenait, et enrichit ainsi l'expérience d'un monde qu'il allait peindre et fustiger dans ses pièces, peut-être jusqu'au dégoût.

Sa carrière de dramaturge fut courte. En quelques années il écrivit quatre pièces qui suffisent à lui assurer une place parmi les quatre grands dramaturges de la Restauration. Il suit Etherege, précède Congreve et Vanbrugh (1664-1726), et son génie personnel, tout en s'inscrivant dans l'esprit de l'époque, la transcende mieux que ne le font ses rivaux. Si L'Amour dans un bois n'est qu'une pochade, une comédie d'intrigues amoureuses, où Wycherley se souvient de L'École des maris et de L'École des femmes, mais aussi des pastorales élisabéthaines, déjà les personnages conventionnels qu'il ridiculise peuvent prétendre à une vigueur de langage qui retient l'attention, et la façon dont les personnages sont dupes d'eux-mêmes et des autres nous incite à des réflexions désabusées, tandis que le lieu scénique, St. James's Park, au cœur de Londres, offre un curieux décor pastoral pour une comédie bourgeoise. Le Maître de danse (The Gentleman Dancing-Master, 1672) est une franche comédie, très animée et très gaie. On y voit une jeune délurée, Hippolita, se débarrasser d'un galant ridicule, Monsieur de Paris (Français, affecté de surcroît, et facile à railler), pour épouser Gerrard, un homme selon son cœur, qu'elle travestit en maître à danser pour le soustraire aux soupçons de la vieille tante absurde, Mrs. Caution. Comique de situation soit, mais aussi satire alerte contre les sots et les faux esprits prétentieux, proche de la farce, et sans méchanceté. De plus, l'amour honnête, sincère, et même vertueux, triomphe de la sottise et de l'hypocrisie. Le moraliste perce sous le masque de l'auteur comique. La Provinciale (The Country Wife, 1675) et L'Homme sans détours (The Plain Dealer, 1676), les deux pièces majeures de Wycherley, sont d'un autre ton et d'une autre profondeur. Horner (non pas l'encorné, mais l'encorneur, c'est-à-dire celui qui veut faire porter des cornes aux autres) et Manly, le franc-parleur viril, héros respectivement de l'une et l'autre comédie, sont les pôles antithétiques autour desquels gravite le spectacle d'une société en proie à la corruption, qui tente de s'en défendre, ou qui hésite à y céder et qui, de toute façon, est la victime de sa propre mystification. Horner se prétend impuissant pour mieux percer à jour la friponnerie des femmes, autre façon de courir la gueuse. Manly s'y prend autrement pour assurer son bonheur : Alceste bourru, rageur, un vrai sauvage, une brute, disent certains, il n'a que haine et mépris pour les « épagneuls du monde », lui, chercheur d'absolu, briseur d'illusions, et des siennes propres en dernier lieu. Horner, l'eunuque dissolu, après avoir embrouillé tant de cartes, se retrouve couvert de fausse honte ; Manly, le misanthrope berné dans son amour, escroqué de sa fortune par son aimée et son ami, trouve malgré tout une planche de salut en la personne de Fidelia, qui l'aime d'un amour obstiné et le récompensera de tant de déboires.

On a fait de Wycherley un satiriste cruel, grossier, indécent. Son verbe agressif, s'il a de la verdeur et de la causticité, témoigne, en effet, d'un réalisme vigoureux, mais ne frise la vulgarité que pour les esprits timorés. Les victoriens l'ont détesté, Taine le met plus bas que terre. C'est qu'on a peur de la satire, même lorsqu'elle s'attaque à une société où pullulent les vices et les maniérismes, mais qui, précisément, engendre des moralistes comme les sous-bois pourris les champignons. D'aucuns sont vénéneux, d'autres comestibles. Wycherley n'est pas plus toxique que le Macil [...]

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Écrit par :

  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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Henri FLUCHÈRE, « WYCHERLEY WILLIAM - (1640-1716) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-wycherley/