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HOROWITZ VLADIMIR (1904-1989)

Un répertoire soigneusement choisi

On peut trouver de nombreuses explications à la personnalité complexe d'Horowitz dans son environnement familial : la mort de ses deux frères, l'un pendant la révolution de 1917, l'autre dans un hôpital psychiatrique en U.R.S.S. ;, la ruine puis la mort de son père dans un camp de prisonniers ; une vie conjugale tumultueuse au côté d'une femme possessive qui n'a certainement pas contribué à stabiliser un psychisme fragile, mais qui était aussi son meilleur « homme d'affaires » ; le rythme infernal des tournées auquel l'ont soumis les imprésarios américains ; le suicide de sa fille Sonia. Pourtant, Horowitz a toujours émergé des différentes crises, comme s'il se sentait guidé par un mystérieux appel du public. Il possédait un sens étonnant des relations publiques et a joué, sa vie durant, de l'effet médiatique que constituaient ses longues éclipses.

L'approche pianistique d'Horowitz ne saurait se réduire à cette étonnante virtuosité dont il a toujours fait preuve. Si sa vélocité, sa puissance sonore et son incroyable diversité de toucher n'ont sans doute pas eu d'équivalents, sa filiation pianistique le situe dans la lignée des deux plus grands pianistes d'Europe de l'Est de la fin du xixe siècle, Anton Rubinstein et Theodor Leschetizky. Doté d'un répertoire très étendu par rapport aux autres pianistes russes de la même génération, il limitait toutefois celui-ci dans ses récitals, privilégiant les romantiques (Schumann, Liszt et surtout Chopin), plus rarement les classiques. Il possédait un tempérament volcanique qui rendait ses interprétations totalement imprévisibles, dévoilant rigueur et délicatesse chez Scarlatti, fantaisie ou rubatos excessifs chez Chopin, apportant une lumière insoupçonnée à Muzio Clementi, à Ernö Dohnányi, à Carl Czerny et à Scriabine, et toujours un sens des couleurs qu'il mettait au service du meilleur comme du pire. Un tel profil se pliait mal aux rigueurs de la musique de chambre ou du concerto, qu'il ne pratiquait que très rarement. Sa dernière expérience, le Concerto K 488 de Mozart à la Scala de Milan, sous la direction de Carlo Maria Giulini, en est la preuve. Samuel Barber lui avait dédié sa sonate pour piano, qu'il créa en 1949, Serge Prokofiev son Étude op. 52. Il a également créé en 1941 la version originale des Danses symphoniques (pour deux pianos) de Rachmaninov avec le compositeur.

Horowitz n'était certainement pas le musicien d'un compositeur : ce qu'il transcendait un jour pouvait tomber dans les pires excès en une autre occasion. Il n'hésitait pas à arranger les partitions et à mettre au programme de ses concerts des morceaux de bravoure de son cru ( les Variations sur Carmen par exemple). L'homme lui-même, avec ses caprices, ses manies et sa vanité, pouvait être odieux. Peut-être s'agit-il là du véritable génie ? Il demeure en tout cas une des personnalités musicales les plus fortes du xxe siècle.

— Alain PÂRIS

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Écrit par

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Vladimir Horowitz, E. Haas - crédits : Allan Tannenbaum/ Getty Images

Vladimir Horowitz, E. Haas

Autres références

  • PIANO

    • Écrit par Daniel MAGNE, Alain PÂRIS
    • 4 343 mots
    • 15 médias
    ...Robert Casadesus (1899-1972) offre une synthèse à la française fondée sur la rigueur classique. Mais la personnalité la plus étonnante de cette génération reste Vladimir Horowitz (1904-1989), personnage de légende par sa fabuleuse maîtrise de l'instrument et la rareté de ses apparitions.

Voir aussi