VITRUVE (Ier s. av. J.-C.)

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Vitruve est l'auteur du seul traité complet d'architecture qui ait échappé au naufrage de la littérature technique grecque et latine. Cette circonstance explique le contraste entre l'extraordinaire importance accordée à son œuvre, depuis le temps de Charlemagne jusqu'à celui de Viollet-le-Duc, et la modestie de sa situation historique réelle. On ne saurait donc prendre pour un signe d'excellence un isolement qui n'est dû, en grande partie, qu'aux lacunes de la tradition. Mais on ne doit pas céder pour autant à la tentation de refuser toute crédibilité à un praticien qui, certes, n'a pas joué le rôle d'initiateur et de codificateur que d'aucuns voulurent lui reconnaître, mais qui a eu le mérite de réunir en un tout cohérent le vaste trésor d'expériences et de connaissances, accumulé avant lui par les bâtisseurs hellénistiques. C'est dire que l'analyse du contenu de De architectura est inséparable d'une exacte localisation de son auteur dans l'univers culturel et technique de son temps, et d'une réflexion méthodologique sur les règles d'un « genre », le traité théorique, plus contraignantes qu'on ne l'a cru souvent.

Un ingénieur militaire tourné vers le passé

Nous savons peu de choses de la vie et de la carrière de ce Vitruvius dont on ignore d'ailleurs le prénom, et dont le surnom Polio ou Pollio n'est guère assuré. Si l'on refuse, à juste titre, son identification au personnage de Mamurra, ce riche chevalier romain qui fut « préfet des ouvriers » dans les armées de César pendant la guerre des Gaules, il faut se résoudre à tirer parti des rares confidences personnelles dont il a émaillé son œuvre. La préface du livre Ier du De architectura demeure le témoignage principal : d'abord attaché à César en tant que technicien, mais on ne sait avec quelle fonction précise, il fut chargé par Octave, le futur Auguste, de la maintenance du parc d'artillerie avec trois autres spécialistes, avant d'accéder à une retraite studieuse, pendant laquelle il dut à la recommandation d'Octavie, sœur du prince, de conserver la totalité de sa solde. Il est probable, si l'on en croit Frontin [...]

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Écrit par :

  • : chaire de civilisation et archéologie romaines à l'Institut universitaire de France, université de Provence-Aix-Marseille-I

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Pour citer l’article

Pierre GROS, « VITRUVE (Ier s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vitruve/