BLASCO IBÁÑEZ VICENTE (1867-1928)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Ennemi acharné des monarchies et des dictatures, habitué des prisons – avant d'être couvert, en tant que député républicain, par l'immunité parlementaire – protagoniste de duels nombreux, colonisateur, best-seller mondial tiré à des millions d'exemplaires, journaliste provincial ou collaborateur de la grande presse américaine, Vicente Blasco Ibáñez exprime, dans toutes les formes de son activité, un tempérament, une vitalité débordante, un besoin de communication irrésistible : « Je fais des romans, assure-t-il, parce que cela est chez moi un besoin. Si j'étais né dans un pays sauvage, sans livres, sans littérature, je suis certain que je marcherais pendant des jours pour raconter à une autre personne les histoires qu'il me serait arrivé d'imaginer dans ma solitude et pour entendre les siennes en retour. »

Cette énergie devait se traduire en une production abondante, multiple, moins soucieuse de s'imposer par sa qualité que de convaincre et de séduire dans l'instant, d'entraîner aussi vers l'action ; mais son actualité même la mettait en danger de vieillir rapidement, de se convertir en une « œuvre d'époque », dont l'intérêt n'est plus qu'historique, dès lors qu'elle ne suscite plus de nouvelles interprétations, ou que sa valeur esthétique ne la protège pas de l'oubli.

Pourtant, les romans de Blasco Ibáñez, par d'autres voies que les essais, les articles, les romans de la génération de 1898, contribuaient à l'élargissement de la conscience espagnole. La génération de 1898 portait son attention sur certains problèmes ; Blasco portait son attention sur « les autres », et les autres, pour lui, c'étaient les Espagnols de son temps, objets plutôt que sujets en politique, une masse qui ne connaissait d'autre culture que la tradition, surtout orale, héritée des générations antérieures. Il sentait en lui la vocation d'éclairer ce peuple, et non exclusivement les cercles privilégiés.

C'est pourquoi il développait son activité aussi bien sur le terrain politique et social que dans le domaine littéraire, écrivant volontiers pour gagner des adeptes à la cause républicaine. N'offrait-il pas aux lecteurs valenciens du premier numéro du journal Le Peuple (12 nov. 1894) la priorité de son œuvre Arroz y Tartana ? N'offrirait-il pas à ces mêmes lecteurs, à partir de 1913, un fonds de culture aisément accessible aux revenus modestes : les publications Prometeo, par milliers de volumes ? On comprend qu'en pleine dictature le parti blasquiste ait conservé la majorité à Valence, patrie de Blasco Ibáñez, et que les éditions de poche continuent à reproduire des romans dont thèmes et signification concernent l'Espagne la plus actuelle.

Un Zola espagnol ?

L'œuvre de Blasco Ibáñez constitue, en effet, un témoignage et une protestation, qui s'étendirent peu à peu de la province à la nation. Bien qu'il appartînt lui-même à une famille aisée de la capitale levantine, Blasco n'hésita pas à évoquer sous un jour défavorable la bourgeoisie valencienne (Arroz y Tartana, 1894), mais en se gardant de figer en une satire intellectuelle ces vieilles estampes colorées ; car son pays natal vivait en lui, au point que les protagonistes, tout autant que les hommes, pouvaient être à ses yeux : la mer (Fleur de mai, 1895), la terre (Terres maudites, 1898 ; Entre Naranjos, 1900), ou les deux éléments conjugués : la Albufera (Cañas y Barro, 1902), dominant les hommes qui, partout, luttent pour leur subsistance.

Maint critique a souligné l'influence de Zola sur Blasco Ibáñez, certains allant jusqu'à le présenter comme le « Zola espagnol ». Sans nier cette influence dans ses premiers romans, Blasco tenait à préciser : « Ceux qui m'appellent le Zola espagnol montrent qu'il ne connaissent ni Zola ni moi... Tout chez Zola en littérature est réflexion ; moi, je suis un impulsif. S'il arrivait au résultat final par perforation, moi je procède par explosion, avec bruit et violence. » Cette mise au point révèle simplement l'étendue du registre, les possibilités créatrices de Blasco : s'il rappelle Zola par l'ampleur de l'évocation, par l'intérêt qu'il porte aux réalités sociales les plus dures, les plus contraignantes, il est proche aussi de l'artiste Gabriel Miró Ferrer, levantin comme lui, par sa sensualité, sa technique souvent impressionniste, la présence déterminante, dans l'œuvre, d'un climat et d'une nature. Or, qui appellerait Miró le « Zola espagnol » ?

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

  • : lecteur à la faculté des lettres et sciences humaines de Nice
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, docteur d'État, maître assistant à l'université de Poitiers

Classification

Pour citer l’article

Eutimio MARTÍN, René PELLEN, « BLASCO IBÁÑEZ VICENTE - (1867-1928) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vicente-blasco-ibanez/