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VESTIGES DU JOUR, film de James Ivory

Après le grand succès, en 1991, de Retour à Howards End (Howards End, 1992), dont les stars étaient déjà Anthony Hopkins – révélé au très grand public par son incarnation du serial killer Hannibal Lecter dans le film de Jonathan DemmeLe Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1991) – et Emma Thompson, connue par les adaptations shakespeariennes de son mari Kenneth Branagh, James Ivory put réaliser l'adaptation, qui lui tenait à cœur, d'un roman anglais signé d'un écrivain d'origine japonaise, Kazuo Ishiguro. Pour le scénario, la musique, la photographie et la production, il reprit son équipe habituelle, très « internationale », de même que le film traite de thèmes qui parcourent toute son œuvre : la responsabilité individuelle, le poids des croyances et des déterminations sociales et culturelles et les rapports entre la petite histoire et la grande. Dédaigné par beaucoup de cinéphiles (qui ne reconnaissent pas en Ivory un « auteur »), Vestiges du jour (Remains of the Day) est une des plus grandes réussites de cet inclassable réalisateur américain – souvent pris pour un Britannique – par la délicatesse des sentiments et l'acuité de l'analyse.

L'épreuve des sentiments

En 1956, un majordome anglais vieilli, James Stevens, au service de l'Américain Lewis, nouveau propriétaire de Darlington Hall, est en voyage pour retrouver Miss Kenton, une gouvernante qui, vingt ans plus tôt, travaillait au château et était amoureuse de lui. Malheureusement, il n'a jamais su comprendre les sentiments de celle-ci, ni les signes très clairs qu'elle lui en donnait, de sorte qu'elle a dû accepter une demande en mariage faite par un autre majordome. Stevens veut lui demander de revenir travailler à ses côtés. Peu avant la guerre, il était, avec elle, au service de Lord Darlington, un homme politique important chargé officieusement par le gouvernement de renouer les liens entre l'Angleterre et l'Allemagne, et s'aveuglant, pour des raisons personnelles, sur la réalité du national-socialisme allemand. Pour cela, Lord Darlington recevait des nazis envers lesquels il se montrait complaisant, jusqu'à laisser renvoyer dans leur pays deux servantes allemandes juives qu'il avait d'abord accueillies sous son toit. En vain, un député américain, le jeune Lewis, futur propriétaire, avait tenté de l'avertir de la monstruosité hitlérienne. Tout entier à sa charge, Stevens, lui-même fils d'un majordome vieillissant, s'est interdit, par conscience professionnelle, de porter le moindre jugement, de même qu'il n'a pas pris garde aux signes de déclin physique de son propre père, dont il a laissé Miss Kenton s'occuper lors de ses derniers instants. Soucieux d'exercer au mieux sa fonction, et enfermé dans un rôle social auquel il s'est identifié, Stevens doit faire au soir de sa vie, avec Miss Kenton, qui refuse de retrouver Darlington Hall, le constat de ses aveuglements par « bonne volonté », et de leurs deux vies gâchées.

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Écrit par

  • : écrivain, compositeur, réalisateur, maître de conférences émérite à l'université de Paris-III

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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