VAN EYCK, UNE RÉVOLUTION OPTIQUE (exposition)

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La lumière qui transfigure

La révolution eyckienne est ainsi une révélation, un dévoilement. Car cette représentation de la surface des choses, de leur apparence nous fait ressentir leur vie interne, leur profondeur vivante. Dans la petite Annonciation de Madrid (musée Thyssen-Bornemisza, v. 1435), l’ange et la Vierge sont chacun entourés par un cadre peint, en trompe-l’œil, juste à l’intérieur du cadre effectif. Là, nous ne savons plus distinguer les degrés de réalité respectifs ni séparer le cadre réel du cadre fictif. Le reflet de la tête et du manteau de la Vierge sur ce qui semble un marbre noir est-il une réalité physique, ou un effet de la peinture ? La perfection absolue du visible fait de main d'homme exprime l'invisible, et l’imitation du monde sensible pose la question de la ressemblance spirituelle.

Grâce à la très délicate restauration réalisée sur ces panneaux de l’Agneau mystique, cette révolution est également une révélation pour nos yeux d’aujourd’hui. Les nuages se détachant sur le ciel bleu retrouvent une transparence et semblent se déplacer lentement. De minuscules touches de lumière vibrent sur les grains des grappes de raisin du jardin. Et l’agneau debout sur l’autel, saignant dans un calice, nous offre une présence solide, dont la grande dignité est nourrie par un regard intense que les aléas des siècles avaient occulté.

L’Europe de ce temps vit d’échanges. Nous avons des textes dans lesquels les humanistes italiens décrivent leur éblouissement devant les tableaux des Flamands. À Naples, on sait que dans le Saint Jérôme dans son cabinet, de Colantonio (musée de Capodimonte, v. 1450), la véritable nature morte composée par les livres et les objets déposés sur les étagères est une influence directe d’une œuvre de Van Eyck alors possédée dans cette ville par le roi Alfonso. Dans l’exposition, des miniatures, des dessins, des sculptures et des tapisseries sont autant de signes de la vitalité de la création, et des peintures des grands artistes de Toscane illustrent les choix de l’autre grande révolution picturale. Enfin, cette effervescence ne concerne pas que le domaine religieux ; la représentation de l’individu, chez les Flamands, sert un art du portrait qui donne à voir fidèlement les moindres traits du visage, tout en rendant les caractères de la vie psychologique. Là aussi, l’art suprême de la peinture des apparences atteint la profondeur de l’être.

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Christian HECK, « VAN EYCK, UNE RÉVOLUTION OPTIQUE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/van-eyck-une-revolution-optique-exposition/