TROPISMES, Nathalie SarrauteFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Fragments d'intériorité

L'auteur s'attache à saisir des manifestations infimes du moi, à transformer en langage les vibrations, les tremblements du « ressenti », les mouvements intérieurs produits sous l'effet d'une sollicitation extérieure, « des mouvements ténus, qui glissent très rapidement au seuil de notre conscience » et se déroulent comme de véritables « actions dramatiques intérieures ». Ces Tropismes se traduisent sous forme de dialogue, de gestes, ou, plus intimement, de monologue intérieur. Ce que Nathalie Sarraute traduit en mots qui se cherchent, séparés par des points de suspension, ponctués d'interrogations, répétés dans l'exploration des variations de la tonalité, ce sont les éléments originaires, les mécanismes de la conscience antérieurs à l'expression, les relations souvent violentes qui s'établissent entre les personnes à travers des petits riens, des paroles, des effleurements, des regards, anodins en apparence seulement, aussi difficiles à saisir que cette « masse molle et étouffante » qui oppresse un enfant, dans le VIIIe Tropisme.

Il s'agit d'un petit enfant, d'« une petite chose vivante tendre et confiante ». Il se promène dans la rue avec son grand-père. Il faut « faire bien attention, très attention, de peur d'un accident, en traversant le passage clouté », ne cesse de recommander l'adulte, tout en tenant bien serrée la main de l'enfant. Nathalie Sarraute n'analyse pas, ne juge pas. Elle crée un malaise profond par des rapprochements brutaux, la mise en rapport de menaces extérieures (le risque d'être écrasé par une voiture) et de désirs qu'elle ne qualifie pas (le grand-père doit se retenir « pour ne pas écraser les minuscules doigts ») : c'est ici la répétition du verbe « écraser » qui produit l'effroi. La violence surgit à travers des mots, des phrases dont l'apparente sécheresse fait écho aux sensations les plus intimes éprouvées par chacun. Dans un paragraphe [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

Classification


Autres références

«  TROPISMES, Nathalie Sarraute  » est également traité dans :

ROMAN - Le nouveau roman

  • Écrit par 
  • Pierre-Louis REY
  •  • 4 683 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une « collection d'écrivains », une époque »  : […] Plutôt que de groupe ou d'école, Jean Ricardou préfère parler, à propos des nouveaux romanciers, d'une « collection d'écrivains », mus par une même ambition, mais de tempérament et de style fort dissemblables. Il a pourtant contribué au premier chef à l'« illusion de club » qu'il souhaitait dénoncer : son ouvrage Le Nouveau Roman (1973), qui met au jour les recettes plutôt q […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/roman-le-nouveau-roman/#i_24080

SARRAUTE NATHALIE (1900-1999)

  • Écrit par 
  • Marianne ALPHANT
  •  • 2 476 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « « Des mouvements qui émergeaient de la brume » »  : […] Les cinq années nécessaires à la rédaction de Tropismes semblent témoigner de la difficulté de l'entreprise. Il s'agissait de transcrire les impressions produites par des mouvements intérieurs, infimes et fugitifs, des affleurements incessants d'impulsions, de réactions, qui forment, aux limites mêmes de la conscience, la trame invisible de l'existence. Ces mouvements élémen […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nathalie-sarraute/#i_24080

Pour citer l’article

Aliette ARMEL, « TROPISMES, Nathalie Sarraute - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tropismes/