OURSLER TONY (1957- )

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Le vidéaste américain Tony Oursler est né à New York en 1957. Il a suivi une formation essentiellement picturale au California Institute de Los Angeles où se sont également instruits Laurie Anderson, John Baldessari, Bill Viola et Mike Kelly avec qui Oursler créera le groupe The Poetics à la fin des années 1970. Toutefois, dès ses premières œuvres, c'est la vidéo qui va lui servir de catalyseur pour la création d'un univers totalement singulier, car elle représente pour lui l'espace d'accès immédiat à la culture populaire. La peinture et la sculpture – qu'il réinvestit à nouveau dans son travail récent – auraient été insuffisantes pour exprimer un monde dans lequel la figure humaine se débat tragiquement dans une réalité dominée par la complexité des relations entre les individus et le corps social. Les installations de Tony Oursler, ses mises en scène, son sens narratif inventif ont très rapidement tranché sur la production vidéo américaine.

« Je cherche à mettre le spectateur dans une certaine position de réaction par rapport à lui-même, comme en empathie, c'est une sorte d'expérimentation scientifique sur l'empathie. J'utilise la peur, l'excitation sexuelle, la joie, comme si je choisissais une note dans une symphonie, et j'essaie d'étendre cette note spécifique à toutes les émotions possibles, je montre le cycle des émotions », expliquait Tony Oursler dans un entretien en 1997. Inventoriant les émotions – en se rappelant que l'émotion traduit justement le moment où l'individu perd pied – il puise dans la réalité de la vie familiale et sociale des moments de crise, de violence, de refoulement. Et place le spectateur dans une situation de face-à-face qui annihile toute distance affective et le fait « entrer dans l'œuvre ». Rapidement, le travail de Tony Oursler s'est affirmé dans un mode de présentation plus proche de l'art théâtral que de l'installation vidéo. Contrecarrant la situation tranquille d'admiration propre au spectateur, il impose à celui-ci une situation « dynamique » de déplacement, de mouvement dans l'espace qui l'oblige à se rapprocher, à tourner la tête, à se pencher : l'ensemble du dispositif qui déborde parfois de la salle d'exposition, cherche toujours à le prendre de cours. La puissance de cet effet résulte de l'extrême attention que Tony Oursler porte au mixage des textes, des sons, des images et de l'ambiance. Il travaille le son qui doit saisir le spectateur soit par des cris implorants (« Oh, no ! Oh, no ! Oh, no », Getaway 2, 1994) soit par des chuchotements qui l'obligent à tendre l'oreille et à venir au plus près de l'objet (Steerlight, 1997) ; il utilise l'expression vocale depuis l'onomatopée jusqu'au hurlement pour « déconstruire la communication », pour que s'établisse une relation en deçà de l'intelligible.

Héritier contestataire de la tradition catholique, Tony Oursler, surtout dans ses premiers travaux, traitait du bien et du mal avec la conviction que les règles contraignantes imposées par l'Église provoquent des comportements hypocrites. Son intérêt pour l'analyse des attitudes humaines demeure enraciné dans sa culture originelle, mais il a aussi développé des situations narratives plus complexes qui abordent les désordres psychologiques (MMPI Test Doll, 1992 ; MMPI Test Dummy, 1993).

Attiré par la télévision, qui est pour lui un « facteur social unifiant », conscient de ses effets sur le comportement social, Tony Oursler a trouvé dans ce média matière à inspiration. Qu'il cite des émissions mélodramatiques, des feuilletons ou des fictions (The Watching, 1992), ou qu'il s'en serve comme d'une trame suggestive [Tunic (Song for Karen), 1990], ses vidéos sont des parodies caustiques qui combattent l'abêtissement et les déviances comportementales que la télévision, cet espace trop sacralisé, peut provoquer.

La « poupée » (Dummy) est devenue à partir des années 1990 (The Watching, installation présentée à la Documenta IX de Kassel, en 1992) une figure centrale de ses œuvres. Sorte de poupée de son, de mannequin mou, nue ou habillée, suspendue au plafond, empalée sur une tige métallique, la « poupée » n'est animée que par la projection d'une image qui sourit ou qui pleure. Elle devient métaphore de l'humanité en étant le miroir de ses sentiments. Projetées sur ces « poupées », les images acquièrent une force [...]

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Écrit par :

  • : historienne de l'art, conservateur au musée d'Art moderne et contemporain, Genève

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DIRECTOR (T. Oursler)

  • Écrit par 
  • Hervé VANEL
  •  • 267 mots

Produit de la fascination ambiguë du vidéaste Tony Oursler pour le pouvoir des médias, le Metteur en scène (Director), réalisé en 1996, fait partie d'un ensemble de figurines disséminées dans l'espace du Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou (Paris) – lieu pour […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise NINGHETTO, « OURSLER TONY (1957- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tony-oursler/