TIM (1919-2002)

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Louis Mitelberg dit Tim est né, en 1919, à Kaluszin en Pologne. Le récit des souvenirs de son père, un petit casquettier juif parti tenter sa chance à Paris, suscite un vif intérêt pour la France chez le jeune garçon déjà passionné de caricature. En 1937, il choisit d'aller étudier l'architecture à Paris. Après la chute du gouvernement polonais, il est incorporé dans l'armée française en 1939. Fait prisonnier, il s'évade de l'Allemagne nazie vers la Russie ; à nouveau emprisonné, il s'enfuit et gagne Londres en 1941. De cette époque date son attachement à De Gaulle ; il donne des dessins sur la vie quotidienne dans les camps pour les journaux publiés par les gaullistes. En 1943, il signe de son nom de guerre « Mitelle », une affiche pour la fête de la Résistance à Brazzaville, alors territoire indépendant de la France libre, où il est opérateur radio. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, il est muté à Alger et réalise ses premières caricatures de parlementaires pour Le Canard sauvage ; il dessine également pour Combat. C'est à Alger qu'il découvre Daumier, son maître en art du graphisme comique.

En 1944, il est décoré de la croix de guerre, de la médaille FFL et de la médaille des évadés. De retour à Paris à partir de 1945, il publie ses premiers dessins politiques signés « Mitelberg » dans Action, un journal issu de la Résistance, puis dès 1952 dans L'Humanité. Mais avec la guerre froide, les guerres d'Indochine et d'Algérie, il ne s'accommode plus des contraintes idéologiques de la presse communiste. En 1958, il rejoint L'Express, auquel il collabore jusqu'en 1992 et adopte le pseudonyme de « Tim ». Dessinateur résolument politique, il s'associe au combat contre le colonialisme. Son trait, d'abord accentué, est formé de petites stries à partir des années 1950 et donne à son style un rendu particulier. De nombreux journaux ont publié ses dessins : Libération (1950-1951), Time Magazine (1962), Newsweek (1965), New York Times (1972), The New Yorker (1974). En 1967, Le Monde ouvre ses colonnes au dessin avec la reprise ironique par Tim d'un commentaire de De Gaulle concernant la communauté juive. Certains de ces dessins sont rassemblés en albums : 32 têtes sous le même bonnet (Cèdre, 1947), Dessins (Cercle d'art, 1953), Pouvoir civil (Julliard, 1960), Une certaine idée de la France, 1958-1969 (Tchou, 1969), Décennie dessinée, 1970-1980 (Albin Michel, 1980), Époque épique (Albin Michel, 1981), De Gaulle de France (Olivier Orban, 1990).

Tim est aussi un illustrateur d'éditions bibliophiliques : Le Surmâle d'Alfred Jarry (Club français du livre, 1963), les œuvres complètes de Kafka en huit volumes (qu'il signe Louis Mitelberg, Cercle du livre précieux, 1964), Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert (Cercle du bibliophile, 1970), les œuvres complètes de Zola en quarante-deux volumes (Cercle du bibliophile, 1971), Le Bruit et la Fureur de William Faulkner (en couleur, éditions Rombaldi, 1972), Du savetier au financier de Hubert Tubiana (éditions HMT, 1995). L'Autocaricature (Stock, 1974) témoigne d'une pensée politique et d'une réflexion exigeante sur la satire et l'humour. En 1984, une rétrospective lui est consacrée au musée des Arts décoratifs à Paris. Il quitte son bureau à L'Express, auquel il donne encore occasionnellement des dessins ainsi qu'à L'Événement du Jeudi, Marianne et des portraits d'écrivains pour Le Monde. Il s'adonne alors plus pleinement à la sculpture et réalise un Hommage au capitaine Dreyfus sur commande de l'État (1983). L'œuvre située, depuis 1994, place Pierre-Lafue, en bordure du boulevard Raspail à Paris, reflète une affirmation de son identité juive non seulement comme victime, tel qu'elle apparaît dans le Monument aux déportés des camps de Buna-Monowitz, Auschwitz III (1992) au cimetière du Père-Lachaise dont il est également l'auteur, mais aussi comme symbolisation d'un code de l'honneur qui résiste aux égarements de l'histoire. Le salut au sabre brisé du capitaine Dreyfus inverse l'iconographie classique de la dégradation et apparaît dès lors comme un hommage au civisme de l'homme. Ce goût pour la sculpture, resté longtemps confidentiel, a trouvé une ultime expression avec son Daumier créant Ratapoil, une œuvre inaugurée à l'Assemblée nationale, peu après sa mort, le 7 janvier 2002.

Le musée d'Art juif et du judaïsme à Paris a organisé une rétrospective Tim du 6 février au 6 mai 2003.

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Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « TIM (1919-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tim/