HARDY THOMAS (1840-1928)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« L'athée du village contemplant avec morosité l'idiot du village » : cette description de Thomas Hardy par Gilbert Keith Chesterton est injuste, mais elle attire l'attention sur trois aspects essentiels de l'œuvre. Hardy nous a en effet donné des romans populaires, profondément ancrés dans les paysages et la société paysanne du sud-ouest de l'Angleterre, mais aussi des romans cosmiques, où les aventures banales d'une laitière ou d'un tailleur de pierre prennent une dimension tragique, et enfin des romans noirs où tout mouvement du héros est une fuite en avant, qui se termine souvent par une mort violente. Hardy est avant tout un homme de contrastes : un romancier régional qui traite de l'univers ; un tragique doué d'un riche talent comique ; un écrivain que l'on a prétendu autodidacte, et dont l'univers culturel est un des plus riches de la littérature anglaise ; un prosateur, enfin, qui au sommet de sa carrière abandonna définitivement le roman et devint un grand poète lyrique.

Sa vie longue et sans histoire contraste avec celle de ses personnages : Thomas Hardy est né à Higher Bockhampton, près de Dorchester. Il était fils d'un artisan maçon, et son enfance se passa dans le cadre rural du Dorset. Il fréquenta la grammar school locale, reçut l'enseignement d'un maître d'école, William Barnes, qui était aussi poète dialectal, et eut pour mentor un intellectuel de Cambridge, Horace Moule. Il entra dans un cabinet d'architecte, spécialisé dans la restauration des églises de campagne. C'est en dessinant les plans de l'église de St. Juliot, en Cornouailles, que Thomas Hardy devait rencontrer sa première femme, Emma. Le tournant de sa vie fut l'année 1867, au cours de laquelle il décida de faire profession de littérature. Le succès ne tarda guère, et les trente années qui suivirent devaient voir la publication de quatorze romans. Les rapports de Hardy avec sa femme devinrent difficiles, mais, lorsqu'elle mourut en 1912, la découverte de son journal bouleversa Hardy : il retomba amoureux de sa femme morte, et cette passion donna naissance à de superbes poèmes d'amour. Par une ironie du sort qui semble sortir droit de son œuvre, certains des plus beaux poèmes lyriques de la langue anglaise ont été écrits par un homme de soixante-dix ans pour une femme qu'il n'aimait plus depuis trente ans.

L'œuvre de Thomas Hardy est d'abord romanesque. Après deux romans d'apprentissage, il trouva le succès avec Under the Greenwood Tree (1872), court roman pastoral, où le chœur des paysans joue un rôle essentiel. Mais c'est Loin de la foule déchaînée (1874) qui devait établir son talent auprès du public. Dans cette tragi-comédie, dont la fin heureuse n'est en rien caractéristique, les thèmes essentiels de l'œuvre font leur apparition : l'erreur de l'héroïne, qui provoque la tragédie en épousant en premières noces un homme indigne d'elle, le rôle du hasard et de l'ironie dramatique. Par la suite, Hardy a écrit cinq autres grands romans. Trois romans tragiques, Le Retour au pays natal (1878), Le Maire de Casterbridge (1886), Les Forestiers (The Woodlanders, 1887), et ces deux chefs-d'œuvre que sont Tess d'Urberville (1891) et Jude l'Obscur (1896). La tragédie de la petite paysanne qui préserve son innocence bien qu'elle ait eu un enfant illégitime, et qui finit sur l'échafaud, victime de la moralité conventionnelle, et celle du fils du peuple, rejeté par la société dans sa tentative d'entrer à Oxford, et désespéré par les contraintes du mariage bourgeois, constituent le reflet le plus fidèle et la critique la plus féroce d'une société victorienne à son déclin. La violence des critiques que suscitèrent ces deux livres poussèrent Hardy à abandonner la forme romanesque.

Hardy est aussi l'auteur de quatre recueils de nouvelles (Les Petites Ironies de la vie, 1894), où se manifeste son goût pour le bizarre, le grotesque, les coïncidences et les coups du sort. Parfois tragiques, ces nouvelles révèlent aussi une veine comique qui n'est jamais totalement absente de l'œuvre de Thomas Hardy. Ses premiers textes furent poétiques, et restèrent inédits. S'il cessa d'écrire de la poésie pendant quarante ans, il s'y consacra totalement après 1896, publiant cinq recueils entre 1898 et 1917. À cela il faut ajouter une tentative théâtrale : The Dynasts (1903-1908) est une représentation, sur le mode historico-épique, de la période napoléonienne.

L'univers de Thomas Hardy, c'est d'abord le Wessex, nom qu'il donne au Dorset et [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  HARDY THOMAS (1840-1928)  » est également traité dans :

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Elisabeth ANGEL-PEREZ, 
  • Jacques DARRAS, 
  • Jean GATTÉGNO, 
  • Vanessa GUIGNERY, 
  • Christine JORDIS, 
  • Ann LECERCLE, 
  • Mario PRAZ
  •  • 28 339 mots
  •  • 28 médias

Dans le chapitre « La tentation du repli »  : […] Qu'en 1969, dans son étude The Truth of Poetry , le poète anglais Michael Hamburger choisisse Les Fleurs du mal plutôt que Les Feuilles d'herbe comme point de départ de l'aventure moderne en poésie est significatif. Le roman peut bien se confiner dans l'espace étroit d'une société, la poésie, parce qu'elle touche de plus près aux racines vives de la langue, est plus exposée. Aussi n'est-il pas e […] Lire la suite

GEORGIENS POÈTES

  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
  •  • 2 383 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les poètes »  : […] Il n'est guère possible ici de rendre à chacun des georgiens la justice poétique qui lui est due. Les anthologies de Marsh contiennent trente-six noms, celle de Monro, soixante-dix-sept (pas tous du cru), une plus récente, celle de James Reeves, en retient une vingtaine, mais on peut en contester les lacunes. On se contentera de citer quelques noms. A. E.  Housman et Thomas Hardy sont, en quelque […] Lire la suite

TESS D'URBERVILLE, Thomas Hardy - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 835 mots

Tess d'Urberville ( Tess of the d'Urberville ) paraît d'abord en feuilleton dans le Graphic , puis en un volume en 1891. Ce roman de l'écrivain anglais Thomas Hardy (1840-1928) relate le destin impitoyable d'une jeune fille abusée, conduite au crime par le désespoir, puis condamnée à être exécutée. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Jacques LECERCLE, « HARDY THOMAS - (1840-1928) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-hardy/