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GASTRAEA THÉORIE DE LA

Théorie de la Gastraea - crédits : Harvard University, Museum of Comparative Zoology, Ernst Mayr Library/ courtesy of Biodiversity Heritage Library

Théorie de la Gastraea

Énoncée par le biologiste allemand Ernst Haeckel (1834-1919) et publiée en détail en 1874, la théorie de la Gastraea suppose l’existence d’un ancêtre commun à tous les animaux métazoaires, ainsi nommé parce qu’il aurait ressemblé à la gastrula, un stade embryonnaire observé chez toutes les espèces actuelles de métazoaires. Il s’agit en fait d’une application de la loi plus générale admise par Ernst Haeckel, selon laquelle l’ontogenèse (le développement embryonnaire) récapitule la phylogenèse (la lignée dont est issue l’espèce considérée). Mais cette approche consistant à expliquer le développement par l’évolution est contestée peu après par l’anatomiste suisse Wilhelm His (1831-1904), qui prône une recherche des causes mécaniques de l’ontogenèse.

Une application de la « loi biogénétique fondamentale »

Au cours des premières décennies du xixe siècle, l’embryologie connaît des progrès spectaculaires, et le développement des différents groupes animaux, vertébrés et invertébrés, est décrit avec une précision croissante. Des similitudes frappantes sont alors relevées entre des embryons d’espèces différentes, qui donnent lieu à la recherche de lois générales. Dès les années 1810, l’anatomiste allemand Johann Friedrich Meckel (1781-1833) suggère l’existence d’un parallélisme entre les différents stades embryonnaires d’un animal donné et l’échelle des êtres, c’est-à-dire la succession linéaire supposée des formes vivantes, des plus simples aux plus complexes. Selon lui, par exemple, un mammifère passe au cours de son développement par un stade correspondant à un adulte de « ver », puis d’« insecte », de « poisson », etc., avant de parvenir à sa nature définitive de mammifère.

Cette loi de Meckel est, au départ, totalement dépourvue de dimension évolutive, l’échelle des êtres ne reflétant que le degré de complexité des organismes actuels. Mais, après la parution de l’Origine des espèces de Charles Darwin (1809-1882) en 1859, l’évolution s’impose comme nouveau paradigme de la biologie en général et de l’embryologie comparée en particulier. Ernst Haeckel propose alors en 1866, dans un ouvrage intitulé Generelle Morphologie der Organismen, une reformulation de la loi de Meckel dans ce nouveau contexte, la « loi biogénétique fondamentale », mieux connue sous l’appellation de « loi de la récapitulation » ou « théorie de la récapitulation ». Selon lui, l’ontogenèse récapitule la phylogenèse : en d’autres termes, la succession des stades embryonnaires d’une espèce donnée reproduit la succession des formes ancestrales adultes de cette espèce, le long de la lignée dont elle est issue. Dès lors, l’observation du développement d’un animal offre un accès direct à son histoire évolutive : décrire l’ontogenèse revient à reconstituer la phylogenèse de chaque espèce. Haeckel va même plus loin et considère la phylogenèse comme la cause explicative de l’ontogenèse.

C’est dans ce contexte que Haeckel élabore la théorie de la Gastraea, s’appuyant sur ses travaux concernant les éponges calcaires publiés en 1872. Il constate en effet que ces animaux possèdent un stade embryonnaire précoce très simple, la gastrula, correspondant à une vésicule creuse dont la paroi s’invagine. Or, ce stade se retrouve sous une forme presque identique chez tous les autres groupes animaux plus complexes, y compris les vertébrés. Il conduit à la mise en place des deux premiers feuillets germinaux (l’endoderme et l’ectoderme), des structures dont vont dériver par la suite les différents organes du futur individu. Haeckel en conclut que l’ancêtre commun hypothétique de tous ces animaux devait avoir une organisation similaire à cette gastrula, et il le baptise donc Gastraea. Exposée de manière détaillée dans un article de 1874, « Die Gastraea-Theorie, die phylogenetische[...]

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Pour citer cet article

Stéphane SCHMITT. GASTRAEA THÉORIE DE LA [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Média

Théorie de la Gastraea - crédits : Harvard University, Museum of Comparative Zoology, Ernst Mayr Library/ courtesy of Biodiversity Heritage Library

Théorie de la Gastraea

Autres références

  • HAECKEL ERNST HEINRICH (1834-1919)

    • Écrit par Stéphane SCHMITT
    • 1 751 mots
    • 2 médias
    ...biogénétique fondamentale, il postule donc l’existence d’un lointain ancêtre commun à tous ces animaux, équivalant à cette gastrula, et qu’il appelle par analogie la « Gastraea ». Cette théorie de la Gastraea, que Haeckel expose de manière détaillée et approfondie dans un article de 1874, va constituer...

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