THÉOGNIS DE MÉGARE (2e moitié VIe s. av. J.-C.)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La poésie de Théognis de Mégare est une poésie élégiaque : écrites en distiques (petites strophes composées d'un vers long, l'hexamètre, et d'un vers plus court, le pentamètre), les élégies peuvent exprimer les sentiments les plus divers. Ainsi, l'œuvre de Théognis de Mégare, écrite en dialecte ionien, est la plus considérable de la poésie dite gnomique, c'est-à-dire la poésie morale de maximes. Cependant, s'il passe pour un écrivain didactique, Théognis n'est pas un faiseur de maximes : le recueil de quatorze cents vers qu'on possède de lui est en fait un choix de morceaux destinés à la jeunesse et contenant surtout des maximes de morale. Mais l'œuvre originale comprend aussi des élégies d'un ton personnel. Théognis s'adresse à ses amis et, en particulier, à un jeune noble nommé Cyrnos (Kurnos). Il témoigne d'un tempérament violent et d'un orgueil que l'humiliation a exacerbé. Son amertume et sa colère viennent de ce qu'il fut le témoin et la victime des luttes politiques qui déchirent Mégare au ~ vie siècle. Aristocrate terrien, il est exilé lorsque la démocratie triomphe ; convaincu que la dislocation de la vieille aristocratie est à l'origine de tous les maux de la société, il conçoit, dans son impuissance d'agir, une haine féroce pour le petit peuple et s'assoiffe de vengeance. Sa misanthropie n'a d'égale que la rigidité de sa morale, d'ailleurs toute traditionnelle (honorer les dieux, respecter ses parents, aimer ses amis et haïr ses ennemis). Il peut faire l'éloge de la justice, mais, comme les aristocrates qui l'entourent, il recherche le plaisir en cette vie et redoute la pauvreté. Son expression poétique, originale, condensée et puissante, capable de traduire sa douleur ou sa révolte porte l'empreinte de cette personnalité forte que Robert Brasillach compare à celle de Montherlant dans son Anthologie de la poésie grecque (1950).

—  Dominique RICHARD

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Dominique RICHARD, « THÉOGNIS DE MÉGARE (2e moitié VIe s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/theognis-de-megare/