TAKANOBU FUJIWARA (1143-1206)

Au cours de la seconde moitié du xiie siècle, les membres de la famille des Fujiwara, bien qu'ayant perdu tout pouvoir politique, conservèrent leurs titres honorifiques et continuèrent à jouer un rôle important à la cour. Les uns participaient au cérémonial impérial, d'autres se signalaient par leur talent de poète, de calligraphe, de musicien ou de peintre. En 1173, l'empereur retiré Go-Shirakawa, fondant le sanctuaire de Saishōko-in pour répondre au vœu de son épouse, chargea le peintre Tokiwa Mitsunaga d'évoquer dans le décor des portes à glissières les pèlerinages accomplis durant son règne par lui-même ou par l'impératrice ; mais il confia à Fujiwara Takanobu le soin de tracer les visages des membres de sa suite, à l'exception des plus hauts dignitaires. Ce fait est rapporté dans son journal par Fujiwara Kanezane (1147-1207), alors jeune ministre, qui se réjouit, n'ayant pas pris part à ces visites impériales, de n'être pas représenté dans ces peintures.

Naissance du portrait à la cour

Le Saishōko-in ayant disparu, il est difficile de définir l'art de Takanobu et d'imaginer les raisons qui firent se réjouir Kanezane d'avoir échappé à son pinceau. Le professeur Akamatsu Toshihide estime que la répugnance des nobles de la cour à se faire portraiturer provenait de la crainte superstitieuse de voir leur image utilisée à des fins magiques.

Ce souci pourrait expliquer l'usage du hikime kagihana (un trait pour les yeux, un crochet pour le nez) dans la représentation des personnages aristocratiques des rouleaux du Genji monogatari et des peintures du même style, dit tsukuri-e.

Il semble que, dans la seconde moitié du xiie siècle, ces réticences se soient peu à peu atténuées, faisant place à un intérêt marqué pour la recherche expressive du visage humain. Cette tendance apparaît dans deux œuvres de l'époque.

Dans le Shigisan engi, une large place est faite aux traits individualisés des paysans, qui jouent dans cette peinture le rôle principal, tandis que ceux des envoyés impériaux participant à l'action restent fidèles au tsukuri-e. Au contraire, dans le Ban Dainagon e-kotoba, rouleaux qui firent partie de la collection de Go-Shirakawa, non seulement la foule des rues de la capitale mais les femmes des hauts dignitaires sont représentées d'une façon presque caricaturale.

Est-ce dans cette recherche expressive que se distinguait Fujiwara Takanobu ?

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Écrit par :

  • : ancien maître de recherche au C.N.R.S., professeur honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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MITSUNAGA TOKIWA (fin XIIe s.)

  • Écrit par 
  • Madeleine PAUL-DAVID
  •  • 1 150 mots

Dans le chapitre « Un peintre de la cour »  : […] du Saishōko-in, monastère édifié par Go-Shirakawa pour son épouse Kenshun-mon-in. Il y avait représenté les visites de l'impératrice aux sanctuaires de Hie et de Hirano et celle de l'empereur au Koyasan, en collaboration avec Fujiwara Takanobu (1145-1206), artiste renommé pour ses portraits « à la ressemblance » ( […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mitsunaga-tokiwa/#i_25577

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Pour citer l’article

Madeleine PAUL-DAVID, « TAKANOBU FUJIWARA (1143-1206) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/takanobu/