WYSZYNSKI STEFAN (1901-1981)

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Stefan Wyszynski est né le 3 août 1901 dans un petit village au bord du Bug, à Zuzela, dans une famille de condition modeste, à un moment où la Pologne est encore une nation sans État. Mais c'est dans un pays redevenu indépendant qu'il entre au séminaire en 1920, à Wloclawek. Ordonné prêtre en 1924, Stefan Wyszynski étudie à Lublin le droit canon et les sciences économiques. Il soutient en 1929 une thèse de doctorat sur un thème qui sera toujours au centre de ses préoccupations : « Les droits de la famille, de l'Église et de l'État concernant l'école ». Il fait alors preuve d'une grande activité pastorale de prêtre-journaliste en publiant maints articles sur le chômage, sur le chrétien face aux problèmes sociaux, sur les inégalités de revenus, et de prêtre-voyageur en Autriche, en Italie, en Belgique, en France, où il se passionne pour le travail de la Jeunesse ouvrière chrétienne (J.O.C.).

Tout cela le conduit à créer en Pologne une Association catholique de la jeunesse ouvrière et à prendre part activement à la création de syndicats chrétiens. Il n'oubliera pas cette époque quand, près d'un demi-siècle plus tard, il soutiendra Solidarité, le nouveau syndicat indépendant polonais, en particulier dans le monde rural.

Le père Wyszynski fait partie du nombre de ces jeunes prêtres des années 1930, qualifiés de progressistes parce qu'ils veulent rompre avec une tradition religieuse trop nationaliste. Il milite aussi au sein du mouvement Odrodzenie (Renaissance) qui – tel Esprit en France – sera une pépinière de militants chrétiens personnalistes, d'abord dans la Résistance, puis dans le mouvement catholique libéral qui deviendra après la guerre le groupe Znak (Signe).

Lorsque, en 1946, il est nommé par Pie XII à la tête du diocèse de Lublin, dans le sud-est de la Pologne, Stefan Wyszinski s'attend à une vie d'évêque incertaine dans le nouveau paysage politique et idéologique. La Pologne se trouve en effet dans la partie de l'Europe qui, depuis une année, est sous l'influence de Moscou et l'après-guerre se déroule mal avec son lot de conflits, de tensions, de guerre civile même entre les partisans de l'U.R.S.S. et les fidèles du gouvernement polonais en exil à Londres, fer de lance, pendant la Seconde Guerre mondiale, de la résistance à l'occupant nazi. « À Dieu seul » : telle est la fière et exigeante devise que le nouvel évêque choisit en 1946. Mais il ne reste que deux années à Lublin, car en 1948, quand meurt le cardinal Hlond, il est nommé archevêque à Gniezno et Varsovie, devenant ainsi primat de Pologne. Il fait forte impression quand, prenant possession de son siège dans une cathédrale en ruines et à demi-brûlée, il prononce ces mots, lui qui fut si actif pendant la Résistance : « Le sang versé oblige tous les habitants de la capitale à être fidèles aux droits bénis de la nation, à défendre sa dignité nationale, son visage chrétien, son esprit de justice, de paix, de liberté. » Créé cardinal en 1952, Mgr Wyszynski affronte le pouvoir communiste qui fait de la lutte contre l'Église polonaise un élément important de son combat idéologique. Il en paie le prix fort : le 25 septembre 1953, à la suite d'un sermon particulièrement dur où il proteste contre la répression stalinienne, en particulier contre l'emprisonnement, à la suite d'un procès fabriqué, de l'un de ses frères dans l'épiscopat, Mgr Kaczmarek, évêque de Kielce, il est arrêté et assigné à résidence. Mais ses dernières paroles publiques resteront un solide encouragement pour les fidèles polonais à tenir et à rester unis : « Le bourreau peut tuer mon corps. Rien au monde ne saurait tuer mon âme ! On nous parle d'évêques criminels. Viendra un jour où l'Histoire les appellera des saints. » Pourtant, Mgr Wyszynski avait affirmé une volonté évidente de dialogue. À la surprise du Vatican, il avait signé en 1950, avec le gouvernement, un modus vivendi qui prévoyait une organisation des rapports entre l'Église et l'État. Au printemps de 1951, cette attitude jugée trop « collaborationniste » l'avait fait fraîchement accueillir à Rome où il avait dû faire longuement antichambre avant d'être reçu par Pie XII. Un homme toutefois lui avait manifesté sa compréhension et son amitié : Angelo Roncalli, patriarche de Venise. Onze ans plus ta [...]

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Pour citer l’article

Jean OFFREDO, « WYSZYNSKI STEFAN - (1901-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stefan-wyszynski/