SOPHILOS (actif env. 590-570 av. J.-C.)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le premier fabricant et décorateur de céramique attique à figures noires dont le nom véritable nous soit connu. Parmi la cinquantaine de vases ou de fragments qui sont unanimement attribués à Sophilos, il y en a quatre qu'il a signés — trois en tant que peintre, un en tant que potier. Certains savants portent à une centaine le nombre de ses œuvres, en considérant qu'il convient de lui attribuer aussi d'autres vases à peu près contemporains ou légèrement antérieurs, en particulier ceux que l'on rattache en général à un artiste anonyme désigné sous le nom conventionnel de Peintre de la Gorgone (d'après un dinos, c'est-à-dire une sorte de chaudron soutenu par un haut pied mouluré, du musée du Louvre) et qui ne serait en fait, dans cette perspective, que Sophilos lui-même. Il semble cependant qu'il vaille mieux distinguer deux artistes différents, qui émergent nettement du lot médiocre des autres peintres athéniens du premier tiers du ~ vie siècle, et qui tous deux, d'une part, recueillent l'héritage du Peintre de Nessos, le maître de la peinture attique de la fin du ~ viie siècle, et d'autre part subissent l'influence très forte des peintres corinthiens contemporains. Celle-ci se manifeste surtout dans le goût, souvent encore immodéré, pour les frises d'animaux, réels ou fantastiques, qui se développent sur la majeure partie des vases ; selon la manière corinthienne, ces animaux sont en général petits, et donc nombreux, en particulier sur les vases de grande taille, tels les amphores, les cratères et les chaudrons, que les deux peintres affectionnent particulièrement. Un autre trait d'influence corinthienne est le maintien fréquent, parmi le décor figuré, d'éléments de remplissage floraux, en particulier des rosettes.

Le Peintre de la Gorgone, qui était à coup sûr l'aîné de Sophilos, est un excellent décorateur, qui dessine avec soin d'innombrables animaux dont il rend les détails par des incisions plus fines que celles que traçaient les peintres de la fin du ~ viie siècle, mais ce n'est guère que sur un de ses vases connus — le dinos du Louvre qui est à l'origine de son nom — qu'il se risque, vers ~ 590, à reléguer les nombreuses frises animales et florales à des emplacements secondaires pour décorer la zone principale du vase, celle qui est la mieux visible, de deux grandes scènes inspirées par la mythologie et par l'épopée : duel homérique entre deux guerriers ; meurtre de Méduse par Persée et poursuite du héros par les deux autres Gorgones. Ici, plus d'éléments de remplissage ; le dessin des personnages reste raide, mais un premier pas est fait dans le sens d'un intérêt croissant pour les figures humaines, au détriment des autres éléments du décor ; l'utilisation de l'espace reste maladroite, et les deux scènes se télescopent presque, mais il y a dans l'épisode du duel un effort de composition symétrique appelé à un riche avenir.

Sur un vase de forme identique signé par Sophilos (British Museum), on retrouve une frise intégralement florale et sept frises animales, sur lesquelles n'apparaissent pas moins de cinquante-deux animaux, réels ou fantastiques ; mais ces animaux n'ont manifestement pas beaucoup retenu l'attention du peintre, qui les a dessinés à la hâte. Son intérêt s'est porté sur la zone principale où il a donné, vers ~ 580, c'est-à-dire quelques années avant Clitias sur le célèbre « vase François » (Museo archeologico, Florence), une riche version des légendaires noces de Thétis et de Pélée — thème qu'il traitait aussi sur un autre dinos, fragmentaire, trouvé à l'Acropole d'Athènes et conservé au Musée national. De même, sur un troisième dinos, fragmentaire (Musée national, Athènes), la zone la mieux visible représente une course de chars pour laquelle se passionnent de nombreux spectateurs, parmi lesquels Achille, agglutinés sur des gradins ; une inscription précise qu'il s'agit d'un épisode des jeux funèbres organisés en l'honneur de Patrocle (L'Iliade, XXIII). Le dessin n'est pas meilleur dans le détail que chez le Peintre de la Gorgone, mais certaines figures en mouvement ont déjà un peu plus de souplesse, et Sophilos emprunte au style corinthien l'emploi de riches rehauts blancs, ainsi que l'usage, qui restera exceptionnel dans la figure noire attique, de dessiner certains visages au trait de contour, comme à l'époque orientalisante. Dans ses meilleures œuvres se manifeste une nouveauté importante au niveau de la [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'archéologie d'Athènes, docteur ès lettres, professeur de civilisation grecque à la Sorbonne (Paris IV)

Classification

Pour citer l’article

Jean-Jacques MAFFRE, « SOPHILOS (actif env. 590-570 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sophilos/