PINÈS SHLOMO (1908-1990)

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Avec Shlomo Pinès disparaît un de ces discrets géants que les circonstances de leur vie comme l'ampleur de leur pensée font surplomber la culture mondiale. Né à Paris en 1908, il passe son enfance à Riga, puis à Arkhangelsk : il apprend le russe et l'hébreu. En 1919, la famille s'installe à Londres : il y apprend aussi le latin. En 1921, Berlin : Pinès apprend le grec au gymnase, et l'arabe seul. Puis, c'est l'université, en 1925, Heidelberg : philosophie, avec Jaspers et arabe ; en 1926, Genève : littérature française ; en 1927 Berlin : philosophie, persan, turc sanscrit. Ses amis sont alors Paul Kraus (1904-1944) et Leo Strauss (1899-1973). Doctorat en 1934. Entre 1937 et 1939, Shlomo Pinès travaille sur le domaine musulman à l'Institut d'histoire des sciences, à Paris. En 1940, il prend le dernier bateau de Marseille à Jérusalem. Il passe la guerre à la censure britannique. Après la fondation d'Israël, il est en poste aux Affaires étrangères. Il enseigne la philosophie juive à l'Université hébraïque de 1952 à 1977.

L'œuvre de Pinès comporte près de deux cents articles, souvent très longs, formant un volume en hébreu et deux en anglais et français. Bien que centrée sur le domaine arabe et juif, elle est d'une extrême variété. Une constante fondamentale : Pinès ne cessa de travailler sur les sciences et la philosophie musulmanes et leurs sources grecques, ainsi que sur la philosophie juive, d'abord médiévale (Halevi, Gersonide, Ibn Caspi, Yedaya Bedersi), puis moderne (Spinoza, Rosenzweig).

Son doctorat, en allemand, porte sur les sources indiennes de l'atomisme chez les apologètes de l'islam (kalām), et chez al-Razf (Rhazès). Il contribue par là à la redécouverte de ce médecin et libre-penseur. Entre 1938 et 1960, il étudie un penseur de Bagdad, Abu’l-Barakāt (xie-xiie s.) : juif converti sur le tard à l'islam, et donc suspect aux deux religions, soucieux d'originalité par rapport à ses prédécesseurs, dont Avicenne, il était resté presque inconnu. Dans les années 1950, plusieurs articles préparent un ouvrage en français sur la philosophie politique musulmane, non publié. Ses travaux en philosophie juive médiévale se concentrent sur une traduction anglaise du Guide des égarés, précédée d'une longue étude sur les sources philosophiques de Maimonide (1135-1204). En histoire des religions, il étudie à partir de 1966 les judéo-chrétiens, dont il découvre des traces jusqu'au ixe siècle, bien plus tard qu'on ne le pense communément.

Pinès cherchait à dégager les influences entre pensées, non seulement là où elles sont manifestes, comme entre les commentateurs grecs d'Aristote et les philosophes musulmans, mais aussi entre ce que tout semble séparer : la cabale et les Pères de l'Église, l'ismaélisme et Halevi, Duns Scot ou Ockham et la pensée juive du Moyen Âge tardif. Il cherchait à réhabiliter penseurs et textes méconnus (le passage de Flavius Josèphe sur Jésus), à redécouvrir l'oublié (des fragments de Xénocrate ou d'Aristote en arabe) ou à élucider les pseudépigraphes (théologie d'Aristote, évangiles apocryphes).

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Rémi BRAGUE, « PINÈS SHLOMO - (1908-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/shlomo-pines/