VASSALLI SEBASTIANO (1941-2015)

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Romancier, poète et témoin de son temps, Sebastiano Vassalli est habité par l’urgence d’expérimenter le langage afin de formuler un récit qui explicite la généalogie complexe des Italiens.

Né à Gênes le 24 octobre 1941 (« Je suis né à Gênes comme j’aurais pu naître au Caire »), Vassalli passe toute son enfance dans la petite ville de Novara, entre Milan et Turin, où il résidera jusqu’à sa mort, survenue le 26 juillet 2015, à Casale Monferrato (Piémont).

Il commence par participer aux travaux sur le langage du Gruppo 63, aux côtés d’auteurs tels que Luigi Malerba, Alberto Arbasino, Edoardo Sanguineti, Nanni Balestrini, Giorgio Manganelli ou encore Umberto Eco. Il fait ses premières armes en publiant aux éditions Einaudi des récits tels que Narcisso (Narcisse, 1968), Tempo di màssacro: romanzo di centramento & sterminio (Temps de massacre : roman de centrage & extermination, 1970) et L’arrivo della lozione (L’arrivée de la lotion, 1976). Il donne également des recueils de poèmes : Disfaso (Défait, 1969) et Il millennio che muore (Le millénaire qui meurt, 1972). Dans cette suite d’écrits domine l’appétit avant-gardiste d’un créateur qui s’exprime également à travers le langage pictural découvert et pratiqué en travaillant à une thèse sur les relations entre art contemporain et psychanalyse. Dans ces premières œuvres, la langue n’est plus vécue comme le réceptacle intangible de privilèges et de vérités mais comme une stratification complexe de dialectes, jargons, imprécations nées du quotidien.

Avec Abitare il vento (Habiter le vent, 1980), la recherche de l’écrivain s’oriente vers de nouveaux horizons. La langue se fait plus ironique, les personnages prennent corps là où commence à se construire une histoire composée d’événements susceptibles de décrire les inquiétudes du présent, de réactiver des pans du passé italien et de reconstituer le millefeuille d’une communauté, la forma mentis (tournure d’esprit) propre aux Italiens.

La manière de Vassalli devient dès lors moins avant-gardiste, plus post-moderne. Elle trouve sa maturité dans son roman le plus célèbre, La chimera, (La Chimère, 1990 ; trad. fr. 1993). Orpheline, Antonia vit au xviie siècle dans un village minuscule de la plaine du Pô. Elle mourra brûlée sur le bûcher comme sorcière condamnée par l’Église, à cause de sa beauté qui provoque peur, haine et jalousie dans un climat étouffant de pruderie et de conformisme religieux. En fait, la « chimère » du titre n’est autre que le mont Rose dont la forme enneigée s’élève au milieu de la brume et des rizières, là où les paysans cherchent l’horizon. Le récit devient à la fois un paysage humain et naturel qui ouvre à Vassalli la voie royale du roman d’histoire.

Déjà dans La notte della Cometa (La Nuit de la comète, 1984), l’auteur évoquait la vie douloureuse de Dino Campana, poète maudit en rupture avec la culture de son temps, mort dans l’asile d’aliénés de Castel Pulci en 1932. L’oro del mondo (Tout l’or du monde, 1987 ; trad. fr. 1990) est un portrait de l’« Italietta » (la petite Italie) qui essaye de se refaire une virginité après le fascisme et juste avant les années dites du boom économique.

En 1993, Vassalli publie Il cigno (Le Cygne, trad. fr. 1996), roman qui retrace l’assassinat politique et mafieux du banquier sicilien Emanuele Notarbartolo. Cette histoire commence en 1893 et le « Cygne » est le surnom du député palermitain Raffaele Palizzolo qui a commandité le meurtre. Chacun reconnaît la culpabilité du personnage, mais tous ignorent si les institutions judiciaires seront capables de le condamner. Continuant son enquête sur le caractère des Italiens, l’écrivain publie le roman Cuore di pietra (Cœur de pierre, 1997).

Il a également eu une importante activité de journaliste. Il a collaboré à de grands quotidiens comme La Repubblica et La Stampa. Gli italiani sono gli altri (Les Italiens sont les autres, 1998) rassemble ses articles écrits pour Il Corriere della Sera.

Stella avvelenata (Étoile empoisonnée, 2003 ; trad. fr. 2006), Amore lontano (Amour lointain, 2005) et La morte di Marx e altri racconti (La Mort de Marx et autres récits, 2006) composent une trilogie sur l’utopie et la désillusion, bien incarnées par le personnage de Leonardo [...]

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Écrit par :

  • : professeur habilité à diriger des recherches en art moderne et contemporain

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Pour citer l’article

Giovanni JOPPOLO, « VASSALLI SEBASTIANO - (1941-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sebastiano-vassalli/